Retour au Grand Palais, selfies interdits (ou presque), et 220 manières de regarder le monde à travers une lentille. Bienvenue dans la plus grande mise en abyme du mois de novembre.
C’est reparti. Sous la verrière du Grand Palais, les photographes ont rangé leurs pellicules et sorti leurs sourires d’accrochage : Paris Photo revient, et avec elle, son joyeux ballet de collectionneurs, curateurs et flâneurs au regard critique (et au tote bag siglé). Cette année, 220 exposants, 33 pays, et probablement autant de débats sur la fin de la photographie — encore une fois reportée.
Dans la nef, les galeries déploient leurs mondes parallèles. Le secteur Principal, c’est un peu le Louvre de l’instantané : des classiques impeccables, des murs si blancs qu’on s’y reflète, et ces “Prismes” monumentaux qui rappellent que la photo peut aussi se faire sculpture, performance ou pure lumière. De Dubaï à Zurich, les nouvelles venues montrent une scène mondialisée où l’on parle ISO, IA et mémoire collective dans la même phrase.

Voices, cette année, fait entendre deux accents savoureux : celui de Devika Singh et Nadine Wietlisbach, qui creusent les notions de paysage et de parenté. Résultat : des arbres, des visages, des absences, et une question lancinante — que reste-t-il de nous dans l’image, quand tout est devenu image ?
Un étage plus haut, le secteur Émergence aligne vingt jeunes artistes qui semblent dire : on n’a plus peur de rien. Des Sud-Soudanais, des Mexicains, des Français… la planète entière en 20 expositions monographiques. La photo n’a jamais eu autant d’accents, ni autant de raisons de se réinventer.
Et parce que le numérique s’est invité dans toutes les conversations, le secteur Digital, piloté par Nina Roehrs, s’impose comme un mini-laboratoire d’expériences pixelisées. On y croise des œuvres faites d’algorithmes, des images mouvantes, des formats qu’on n’ose plus appeler “tableaux”. L’art devient fluide, liquide — et parfois, un peu glitché.
Mais cette année, les femmes tiennent le haut de l’affiche. Le parcours Elles x Paris Photo, orchestré par Devrim Bayar, reprend le fil d’une histoire longtemps coupée. La figure, le décor, le regard : tout y est matière à réécriture. Depuis 2018, la part d’artistes femmes sur la foire est passée de 20 % à 39 %. La statistique dit ce qu’elle veut, mais elle dit aussi ça : la photo n’est plus un boys club.

Autour, la machine à débats tourne à plein régime : Book Talks avec Printed Matter, cours magistral de Michel Poivert, signatures d’artistes à la chaîne. On parle “transmission”, “laboratoire”, “analogique”, parfois avec des airs de rockers nostalgiques des bains d’acide. Mais la passion est là — sincère, vibrante, presque militante.
Entre un cliché de Julia Margaret Cameron et une œuvre générative de Marisa González, le visiteur voyage dans une histoire sans chronologie : le XIXᵉ flirte avec le futur, l’argentique fricote avec le pixel. La photographie, perméable à tout, reste ce miroir étrange où l’on espère encore se reconnaître.
Alors oui, on pourrait dire que Paris Photo est une foire, un marché, un grand bazar de tirages encadrés. Mais c’est surtout un endroit où l’image se prend au sérieux, pour mieux nous rappeler que, parfois, elle nous échappe.
Plus de renseignements sur parisphoto.com






magnifique plume
des mots qui s alignent et font rêver
des mots en image imagée
bravo