À New York, certains hôtels accueillent des clients. The Mark, lui, héberge des légendes – parfois avant même qu’elles ne le deviennent. Derrière sa façade impeccablement sage de Madison Avenue, l’adresse cultive un paradoxe rare : tout le monde en parle, mais presque personne n’en dit trop. Ici, le luxe se pratique à voix basse, et la célébrité s’apprivoise entre deux ascenseurs.
Ouvert en 1927, The Mark a vu défiler des décennies de modes, de fortunes et de caprices. Mais sa vraie renaissance commence au début des années 2000, lorsque le promoteur Izak Senbahar décide de transformer ce respectable hôtel de l’Upper East Side en terrain de jeu ultracodé pour esthètes, stars et initiés. Vingt ans plus tard, le résultat est sans appel : The Mark est devenu un mot de passe.

Plus qu’un hôtel, un sas de décompression pour célébrités
Chaque premier lundi de mai, la planète mode retient son souffle. Le Met Gala bat son plein, les looks s’annoncent délirants, les mêmes sont déjà prêts. Mais avant le tapis rouge, il y a l’échauffement. Et cet échauffement se fait au Mark.
Dans ses couloirs, Kim Kardashian répète sa démarche, Anne Hathaway ajuste une manche, Donatella Versace surveille tout – y compris ce qui ne la concerne pas. Ici, on ne descend pas prendre un taxi, on fait une sortie. Se faire photographier devant l’hôtel est devenu un rite quasi religieux : un premier cliché avant le jugement mondial.
Le Mark n’est pas l’hôtel du Met Gala. Il en est la loge.

Jacques Grange ou l’art de faire dialoguer Louis XV et Manhattan
Pour métamorphoser le lieu sans le trahir, l’hôtel a convoqué Jacques Grange, décorateur des ultra-privilégiés, capable de faire cohabiter une table Louis XV avec un tableau de Picasso sans que personne ne s’en offusque. Pari risqué ? Pas pour lui.
À l’intérieur, le classicisme flirte avec la provocation tranquille. Le noir et blanc règne en maître, les lignes sont franches, les références savantes mais jamais pesantes. On ne sait pas toujours ce que l’on regarde – mais on sait que ça coûte cher et que ce n’est pas là par hasard.

Un musée… habitable
Au Mark, les œuvres ne sont pas accrochées : elles servent de mobilier. Ron Arad signe un luminaire monumental dans le lobby. Mattia Bonetti dessine des fauteuils qui ressemblent à des sculptures (et inversement). Vladimir Kagan camoufle une mappemonde dans un imprimé vache. Guy de Rougemont installe ses tables comme s’il aménageait une place publique – sauf que le public, ici, porte du sur-mesure.
Résultat : on ne visite pas The Mark, on l’habite temporairement. Et on se surprend à s’asseoir sur des œuvres d’art avec un naturel troublant.

Le penthouse : fantasme immobilier ultime
Puis il y a le penthouse. Ou plutôt : le fantasme.
770 m², deux étages, une terrasse à faire pâlir un agent immobilier, vue directe sur Central Park et le Met. Cinq chambres, six salles de bains, plusieurs bars – parce qu’un seul serait indécent.
Entièrement conçu par Jacques Grange, ce « château dans le ciel » est la définition même de l’excès maîtrisé. Ici, on ne loue pas une suite : on disparaît du monde en le surplombant. Une adresse pensée pour les amateurs de luxe rare… et de très grands espaces pour ego bien installés.

Caviar, burger et contradictions assumées
Dernière pirouette du Mark : accueillir Caviar Kaspia, institution parisienne désormais implantée à New York. Dans un décor Art déco, on y déguste pommes de terre, pâtes et même pizza au caviar…
Et si l’envie de glamour s’évapore, le room service propose un burger-frites. Car au Mark, le vrai luxe, c’est aussi de pouvoir manger simplement sans jamais se sentir banal.
Une légende qui ne fait aucun effort pour plaire
À l’approche de son centenaire, The Mark publie son autobiographie chez Assouline, sous la plume de Derek Blasberg. Un beau livre, évidemment. Mais fidèle à lui-même, l’hôtel n’en dit pas trop. Il préfère suggérer. Car The Mark n’a jamais cherché à être populaire. Il se contente d’être incontournable. Et à New York, c’est sans doute la forme de pouvoir la plus élégante.
The Mark Hotel – 25 E 77th St, New York, NY 10075. Plus de renseignements sur themarkhotel.com • The Mark, par Derek Blasberg, éditions Assouline. Disponible notamment au 35 rue Bonaparte, Paris 6ᵉ




