Chez LVMH, on gravit rarement les étages par hasard. Antoine Arnault vient pourtant d’en franchir un de plus : à 48 ans, le deuxième des cinq enfants de Bernard Arnault entre au comité exécutif du numéro un mondial du luxe. Une promotion qui officialise ce que beaucoup avaient déjà compris : Antoine Arnault n’est plus seulement “le fils de”, il est devenu l’un des visages – et des voix – du groupe.
Déjà très exposé médiatiquement, il incarnait ces derniers mois le partenariat XXL de LVMH avec les Jeux olympiques de Paris, tout en reprenant les rênes du Paris FC, club de football racheté par la famille Arnault. L’homme sait occuper le terrain, qu’il soit médiatique, sportif ou stratégique.
Aujourd’hui, Antoine Arnault cumule les casquettes : responsable de l’Image et de l’Environnement de LVMH (Louis Vuitton, Dior, Celine, Moët & Chandon, Hennessy…), président de Berluti et directeur général de la holding familiale qui contrôle le groupe. Un CV en forme de millefeuille, parfaitement aligné avec l’empire qu’il contribue à façonner.
Physiquement, la filiation saute aux yeux : même visage, mêmes yeux bleus, même silhouette longiligne. Mais intellectuellement, le fils revendique une autre partition.
Mais dans la manière de réfléchir, on ne se ressemble pas trop
explique-t-il.
Bernard Arnault tranche avec élégance :
C’est un complément, il est plus littéraire, je suis plus scientifique
Une analyse que prolonge Éric Briones, cofondateur de la Paris School of Luxury :
Le père est joueur d’échecs, le fils est joueur de poker.
À Antoine Arnault, il prête « une séduction et une chaleur humaine qui ne sont pas les qualités premières de son père », ainsi qu’un certain talent diplomatique. Autrement dit : là où Bernard Arnault calcule, Antoine sent.

Né du premier mariage de Bernard Arnault avec Anne Dewavrin, comme sa sœur aînée Delphine – avec laquelle il entretient une relation étroite -, Antoine Arnault a aussi trois demi-frères, Alexandre, Frédéric et Jean, issus du second mariage avec la pianiste Hélène Mercier.
Son parcours académique est classique, mais sans raideur : écoles privées catholiques parisiennes, HEC Montréal, puis un master à l’Insead. Une adolescence mouvementée, dit-il lui-même, durant laquelle il aurait « fait voir de toutes les couleurs » à son père. Comme un apprentissage précoce de la dissonance.
Amateur de cols roulés et joueur de poker confirmé, Antoine Arnault est marié au mannequin russe Natalia Vodianova, mère de trois enfants d’une précédente union, avec laquelle il a eu deux fils. Une vie privée aussi cosmopolite que ses fonctions.
Avant LVMH, il tente l’aventure entrepreneuriale : à 23 ans, il fonde Domainoo, spécialisée dans les noms de domaine sur internet. L’entreprise est revendue deux ans plus tard. En 2002, il entre chez LVMH, chez Louis Vuitton, comme responsable marketing et directeur du réseau province. Le début d’une longue ascension interne.
Aurait-il pu faire autre chose que LVMH ?
J’aurais eu le droit de le faire si j’avais été un grand sportif ou un grand musicien
répond-il avec lucidité.
Je ne pense pas avoir de nombreux talents, mais je pense sentir les situations, les gens… savoir quand dégainer ou passer son tour.
Un instinct qu’il revendique jusque dans la forme. Lorsqu’il reçoit la Légion d’honneur fin septembre, il parle de « sens de la formule, des images, des mots ». Et s’adresse à son père :
C’est pour cela que tu acceptes depuis de nombreuses années ma voix dissonante dans ce petit théâtre du 9e étage.
Mais attention, prévient Éric Briones : Antoine Arnault « est un ambitieux, même s’il dit le contraire ». « Plus politique qu’homme d’affaires », ajoute-t-il. Une qualité utile à l’heure où la question de la succession du patriarche, qui fêtera ses 77 ans en mars, alimente rumeurs et tensions feutrées au sein de la fratrie.
Récemment, Antoine Arnault donnait une interview à Libération, journal pourtant devenu un « chiffon rouge » dans la famille depuis cette Une restée célèbre en 2012 : « Casse-toi, riche con ! » sur fond de soupçon d’exil fiscal. Provocation ? Calcul ?
En communication comme dans les affaires, tout est une question de timing.




