C’est une drôle de secousse temporelle qui traverse Tokyo Art Week 2025. Entre un NFT géant qui clignote à Shibuya et un robot-poète récitant Bashō, une oasis d’Arabie saoudite a discrètement ouvert une faille dans le temps. Son nom : Future of Nostalgia. Une exposition pensée par Arts AlUla et Afalula, deux institutions franco-saoudiennes décidées à faire dialoguer les sables d’AlUla et les néons de Tokyo.
L’exposition n’a rien d’un simple inventaire archéologique. Elle ressemble plutôt à un rêve éveillé où le temps s’effrite. Sous la lumière douce des salles tokyoïtes, les œuvres évoquent un AlUla suspendu entre préhistoire et science-fiction : roches noires, traces d’érosion, fragments de sel, projections lumineuses, murmures d’un passé qui n’a peut-être jamais existé.
Les commissaires Arnaud Morand et Ali AlGhazzawi parlent de “palimpseste”, de “temps sédimentaire”, de “polyphonie du souvenir”. Mais en vérité, c’est plus simple : ici, la nostalgie n’est pas un retour en arrière, c’est une façon d’habiter le présent en le fissurant doucement. Une nostalgie en mouvement, radioactive et fertile.
AlUla, oasis ou laboratoire ?
Depuis 2021, le programme de résidence AlUla invite les artistes à s’enfouir dans cette oasis mythique d’Arabie saoudite. Un lieu où les falaises volcaniques jouxtent des ruines nabatéennes et où le futur culturel du pays s’écrit à coups de pinceaux, de drones et de matériaux improbables.
Les artistes y creusent la mémoire comme d’autres cherchent de l’eau : à tâtons, avec soif, et une étrange lucidité.
Parmi la constellation d’artistes internationaux, deux figures françaises s’imposent sans peine. Théo Mercier, le metteur en scène devenu sculpteur de mythologies, fabrique ses propres ruines contemporaines. Des assemblages d’objets trouvés, de matériaux hybrides, des “formes en transit” comme il les appelle. Chez lui, l’ironie et le mystique cohabitent. C’est de l’archéologie du futur, version théâtre post-apocalyptique.

Bianca Bondi, finaliste du Prix Marcel Duchamp 2025, joue à la chimiste du sensible. Ses œuvres se cristallisent, s’oxydent, respirent. Du sel, des mousses, des objets endormis — tout se transforme lentement, comme si la nature reprenait la main sur le musée. Elle nous rappelle que le vivant n’oublie jamais rien, il se métamorphose simplement.
Svetlana Boym, la philosophe fantôme
L’exposition tire son nom de Svetlana Boym, la penseuse russo-américaine qui, dès 2002, affirmait que la nostalgie pouvait être révolutionnaire. Une idée qui résonne ici : dans un monde obsédé par le futur et l’innovation, Future of Nostalgia préfère le détour, la lenteur, le doute. C’est un antidote à l’amnésie programmée, un espace où les ruines deviennent des moteurs d’imagination.
Le public ressort de l’exposition avec du sable dans les poches et des pixels dans la tête. Tout se mélange : la mémoire, les mirages, le futur qui clignote. C’est peut-être ça, finalement, la nostalgie d’aujourd’hui — non pas la tristesse du passé, mais la promesse du recommencement.
Future of Nostalgia – Présentée dans le cadre de l’Art Week Tokyo 2025, organisée par Arts AlUla et l’Agence Française pour le Développement d’AlUla (AFALULA), jusqu’au 16 novembre 2025. Plus de renseignements sur afalula.com





