Alors que nombre d’acteurs du luxe se serrent la ceinture ou scrutent fébrilement les fluctuations monétaires, Hermès avance, imperturbable, avec l’aisance d’un cavalier en selle. Le groupe a dévoilé ses résultats pour le premier semestre 2025 : des ventes en hausse de 7,1 %, atteignant 8 milliards d’euros, et ce malgré une baisse de 5 % de son bénéfice net, tombé à 2,2 milliards d’euros.
Une baisse ? Oui. Mais pas de panique dans les ateliers ni chez les actionnaires : cette légère glissade s’explique par une « contribution exceptionnelle des entreprises ». Une ponction fiscale. Une coquetterie budgétaire. Si l’on retire cet impôt surprise de l’équation, le résultat net repart sagement à la hausse : +6 %, soit 2,5 milliards d’euros. Loin du drame, donc.
Le plus fascinant reste sans doute la performance régionale. En Amérique, les ventes progressent de 9,5 %, soutenues par un marché américain toujours accro au carré de soie. Même les droits de douane n’ont pas réussi à plomber l’allure. Pourtant, une taxe de 15 % sur les produits de luxe a récemment été annoncée par Washington. Mais pour Axel Dumas, gérant du groupe, « les règles du jeu » restent floues. Il faut donc patienter avant de ressortir la calculette — ou le sticker de hausse de prix.
Le dollar, en revanche, s’est montré capricieux. Trop faible à son goût.
Cela a autant d’impact, si ce n’est plus, que les droits de douane
affirme Axel Dumas.
Traduction : entre les taux de change et les politiques commerciales, les équilibres restent précaires. Mais Hermès tient la bride.
Le Japon raffole du luxe tranquille
En Asie, la Chine garde une « atmosphère de vente » porteuse — comprenez : le marché ne flanche pas, mais ne s’envole pas non plus. C’est au Japon que la surprise est plus marquée : +17,6 % de croissance. L’archipel confirme son amour pour l’artisanat d’excellence et les objets qui ne clignotent pas.
En Europe aussi, les chiffres donnent le sourire : +12 % hors France et +8,7 % dans le pays. Les sacs et les selles — cœur battant de la maison — enregistrent une progression à deux chiffres (+11,3 %). Moins fringant : le parfum recule de 4,1 %, et l’horlogerie de 8,9 %. Tout ne peut pas sentir le cuir frais.
Hermès reste Hermès : rentable, discret, et sourd aux sirènes de la croissance effrénée. Là où d’autres multiplient les capsules et les collabs clinquantes, la maison continue de prendre son temps. Et ça lui réussit.





