Le Grand Palais n’a pas tremblé, mais il aurait pu. En cinq jours, 61 000 personnes — aficionados de la photographie, collectionneurs, curieux, VIP de tous horizons et obsédés du tirage baryté — se sont ruées dans les allées de Paris Photo 2025. Une édition qui, dès l’entrée, annonçait la couleur : vingt tonnes d’images et une installation de quarante mètres signée Sophie Ristelhueber. De quoi rappeler à tout le monde que la photographie, même immobile, sait imposer son poids.
À peine les portes ouvertes, les galeries internationales ont dégainé leurs cartons rouges comme des marchands de poissons le matin du marché. Richard Saltoun, Hamiltons, Fraenkel : tout le monde y est allé de sa transaction musclée.
Dans le secteur Principal, les chiffres ont circulé aussi vite que les visiteurs : 200 000 € pour une pièce de Zofia Kulik, des Eggleston autour de 50 000 €, des Ming Smith qui partent comme des petits pains institutionnels, des Robert Frank qui s’évaporent par lots de vingt-deux chez Zander.
Les Douches, de leur côté, ont presque fait chauffer le compresseur de leur machine à étiquettes : une trentaine de tirages vendus, jusqu’à 25 000 € chacun. Même ambiance effervescente chez Rose Gallery, où Tania Franco Klein a littéralement fait grimper les réservations en flèche.

Les commissaires donnent le ton : on élargit, on déplace, on bouscule
L’édition 2025 a aussi pris un virage esthétique assumé : quatre commissaires, un parcours repensé, et un secteur Voices qui s’est installé dans la nef comme si la place avait toujours été pour lui. Résultat : des stands entiers vendus chez Higher Pictures, des grandes pièces de Rinko Kawauchi parties à 7 000 €, et un public conquis par ce nouveau rythme.
Pendant ce temps, l’exposition The Last Photo tentait de faire réfléchir tout le monde à ce qui pourrait être la dernière image qu’on laisserait derrière soi. Ambiance.
Émergence et Digital : les jeunes pousses font du bruit
Dans le secteur Émergence, les ventes ont été si dynamiques qu’on aurait dit un marché de jeunes talents sous stéroïdes. Sibusiso Bheka, Marine Lanier, Bérangère Fromont, Concordia Studio : tout ce petit monde a vu ses œuvres s’envoler.
Le secteur Digital, troisième édition seulement, continue de prouver que la photographie n’a jamais été aussi virtuelle tout en restant terriblement réelle. Luke Shannon décroche dix commandes grâce à ses scans in situ. Kevin Abosch vend trois pièces à 15 000 €. Louis-Paul Caron complète le tableau avec des œuvres entre 6 000 et 8 000 €.
On scanne, on code, on génère : la photo a définitivement appris à parler algorithmique.

Elles x Paris Photo : un programme qui pèse
La progression est nette : en sept ans, la proportion d’artistes femmes à la foire est passée de 20 % à 39 %. Et cette année encore, elles ont trusté les ventes. Mari Katayama, Marie-Laure de Decker, Donna Trope : les collectionneurs ont répondu présents, les stands ont respiré la parité, et les institutions ont suivi.
Le secteur Éditions : ou comment acheter un livre avant même d’avoir lu la quatrième
Avec 43 éditeurs et environ 400 signatures, difficile de repartir les mains vides. Certains visiteurs ont probablement acheté trois livres sans s’en rendre compte, dans l’ivresse d’une signature ou d’un papier texturé particulièrement séduisant.
Le prix Paris Photo – Aperture a, lui, couronné trois ouvrages très attendus, confirmant que le livre reste un territoire de recherche et d’invention aussi dense que la foire elle-même.

Une édition sous haute tension électrique (artistique)
L’énergie de la semaine était incroyable
résume le comité de sélection.
On veut bien les croire : entre l’afflux international, les ventes record, les installations monumentales et les conférences à la chaîne, Paris Photo 2025 ressemblait parfois à un festival rock où chaque stand était une scène.
Les partenaires — de BMW à Huawei en passant par Clifford Chance et Ruinart — ont ajouté la touche “haut-de-gamme-mais-pas-trop” qui fait désormais partie de l’ADN de la foire.
Et maintenant ? Cap sur 2026, année du Bicentenaire
Pour la prochaine édition, du 12 au 15 novembre, Paris Photo célébrera les 200 ans de la photographie. Autant dire que le Grand Palais n’a pas fini de vibrer sous le poids des images.





