Paroles de touristes : à Arles cet été, il va faire chaud. Très chaud. Et pas seulement à cause du bitume qui fond sous les sandales en cuir. Non, ce qui bouillonne dans la ville, ce sont les identités. Toutes. Mélangées. Empilées. Déconstruites. Reboostées. Bienvenue aux Rencontres de la photo d’Arles, édition 56, où l’image devient boussole pour explorer qui on est (ou qui on croit être, ou qui on devient après deux verres de blanc).
L’été à Arles, c’est comme un mojito dans une gourde réutilisable : un mélange pas toujours équilibré, mais qui rafraîchit la pensée. Cette année, les Rencontres d’Arles 2025 ont sorti l’artillerie lourde : 20 lieux d’exposition, des artistes venus des 4 coins du monde (et quelques autres dimensions), et un thème qui donne envie de tout questionner : « Panorama identitaire ».
On s’attendait à quelques portraits bien léchés et un peu d’anthropologie visuelle sauce tiède. Résultat ? On sort avec des convictions détricotées, le cerveau en sueur et 500 photos dans son téléphone de trucs qu’on n’arrive pas à expliquer. C’est bon signe.
Le Brésil rêve à l’envers
Futurs Ancestraux : ça sonne comme un album de techno chamanique, et ça commence dans une église (les Trinitaires, ambiance mystique 10/10). Le commissaire brésilien Thyago Nogueira s’inspire du philosophe indigène Ailton Krenak, qui t’explique que l’avenir, ce n’est pas droit devant mais en spirale, imbibé de mémoires et de cicatrices coloniales.

Ce qu’on voit ? Des collages, des archives, des montages qui font parler les esprits, et même de l’IA convoquée pour honorer les ancêtres. Oui, oui. C’est comme si Midjourney avait mangé du manioc sacré. Le tout est flamboyant, politique, parfois un peu mystique. On en ressort avec une furieuse envie de relire son passé.
« Futurs Ancestraux », dans le cadre de la séquence « Contre-Voix », à l’église des Trinitaires
Nan Goldin ou la passion selon Saint-Blaise
Nan Goldin est la déesse tutélaire de toutes les âmes perdues en quête de lumière tamisée. À Arles, elle transforme l’église Saint-Blaise en chapelle intime des amours cabossés. Ses proches deviennent des héros tragiques, des dieux païens shootés à la lumière de la Renaissance.

Elle dit leurs noms, murmure leurs histoires, bande-son à l’appui. Tu veux du pathos ? Tu veux de la grâce ? Tu veux pleurer devant un portrait en tulle transparent ? Viens ici. Et surtout, respire : le syndrome de Stendhal n’est pas un mythe.
« Syndrome de Stendhal » de Nan Goldin, présenté dans la séquence « Histoires de familles », à l’église Saint-Blaise
Yves Saint Laurent, superstar de la chambre noire
Le mec qui dessinait des smokings pour femmes et des robes Mondrian avait aussi un œil affûté pour la photographie. L’expo qui lui est consacrée est une immersion totale dans le backstage du glamour, avec plus de 80 photos, 300 objets, et l’impression que la mode, c’était aussi du documentaire.

On y croise Doisneau, Avedon, Juergen Teller et Guy Bourdin, comme un dîner de famille de la haute couture sous LSD. Entre les pages de pub, les carnets de croquis et les photos ultra posées de YSL, c’est un musée dans le musée, un moodboard grandeur nature. Instagram en tremble encore.
À la Mécanique Générale, « Yves Saint Laurent et la photographie » prend place dans la séquence « Relectures »
Stéphane Couturier réconcilie Eileen Gray et Le Corbusier (en douce)
Connaissez-vous l’histoire d’amour à sens unique entre Eileen Gray, pionnière du design moderne, et Le Corbusier, l’homme qui s’est incrusté dans sa villa pour y peindre ses propres œuvres, non sollicité ? Non ? Eh bien Stéphane Couturier vous la raconte, à sa manière.

Dans E-1027+123, l’artiste-photographe décide de jouer les médiateurs visuels. Il fusionne, juxtapose, greffe et transforme les tensions en images. C’est élégant, c’est cérébral, et c’est sacrément malin. Un peu comme si un architecte vous faisait une psychanalyse avec son drone.
Stéphane Couturier investit l’Abbaye de Montmajouravec « E-1027+123 », une œuvre inscrite dans la séquence « Géométrie Variable »
Kourtney Roy, guide touristique de l’échec chic
Fin du tour avec une reine : Kourtney Roy. Maquillage outrancier, couleurs criardes, poses de pub Lidl pour un club de vacances imaginaire : la photographe canadienne tourne le tourisme en dérision, et c’est jouissif.

Ses autoportraits sentent la crème solaire périmée et le désespoir mignon. C’est pop, cynique, hilarant et ultra maîtrisé. Une satire de notre besoin d’évasion dans des lieux formatés, où la seule vraie aventure, c’est d’assumer qu’on s’y ennuie.
« La Touriste » de Kourtney Roy, dans la séquence « Chroniques Nomades », à l’ancien collège Mistral
Les Rencontres d’Arles 2025 est un festival où l’identité n’est ni selfie, ni CV, mais une matière mouvante, tordue, joyeusement brouillonne. Un puzzle en 24 expositions qui refusent le lissage, les origines figées, et les récits univoques.
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