Paris, le Centquatre. Rideaux tirés, lumières tamisées, bâtiment post-funéraire et playlist sortie tout droit d’un cimetière goth en 1991. Glenn Martens fait son entrée chez Maison Margiela en installant un cadre typée Dead Can Dance. Une brume mentale, une veillée mortuaire. Mais où est passée la haute couture ? Enterrée.
Tout y est. Des silhouettes masquées comme dans un rêve flou, des tissus nobles martyrisés façon bac à recyclage, et des mannequins qui semblent glisser sur le podium comme des âmes en peine à la recherche de John Galliano. À vrai dire, elles auraient pu défiler en lévitation que personne n’aurait été surpris. Glenn Martens, lui, récite sa messe noire en collages et en voiles.
Mais on ne ressuscite pas la magie de John Galliano avec du papier froissé et trois patchworks de motard. La couture n’est pas morte, elle fait juste une sieste dépressive.
Ce n’est pas laid, non. Mais c’est une forme de tristesse visuelle qui ne bouleverse même plus. On frôle l’exercice de style appliqué, le portfolio étudiant bien fini… avec une BO de fin du monde. Les bijoux recyclés, les ceintures-fils, les fleurs 3D en deuil : tout semble vouloir dire quelque chose, mais personne ne sait vraiment quoi. Même les mannequins ont l’air paumés (rires). On imagine les instructions backstage : « Tu regardes droit devant. Tu n’as pas de visage. Tu es le silence. Tu es la solitude. »
Et dans les salles, les journalistes, assis, enveloppés dans un épais brouillard de spleen textile, se demandant comment John Galliano aurait retourné le Centquatre en cabaret baroque hanté par des divas du passé.
Final : des ballons multicolores pour oublier
Il faut le voir pour le croire. Après 50 silhouettes plus grises que gothiques, l’équipe de Glenn Martens forme une haie d’honneur, des blouses blanches plein le dos, et plouf, une pluie de ballons multicolores tombe sur les invités. La mort continue de gémir dans les enceintes. Une dissonance étrange. Applaudissements ou exorcisme ?
Glenn Martens a sans doute voulu rendre hommage. Mais à qui ? À quoi ? À la mélancolie ? À l’art du recyclage ? À Margiela version musée d’histoire textile ? Mystère. On termine un peu groggy, vaguement triste, avec l’impression d’avoir assisté à une reconstitution historique… en slow motion.
Envie de crier ? Nenni. Envie de s’allonger sur un canapé noir, de fixer le plafond et de murmurer : « mais qu’est-ce qu’on a fait à la couture pour mériter ça ? » Peut-être.





