La Tate Modern s’apprête à rembobiner la décennie la plus insolente de la fin du XXᵉ siècle. Du 1er octobre 2026 au 14 février 2027, l’institution londonienne présentera The 90s, une exposition pensée comme une immersion totale dans une époque où l’art, la mode et la culture populaire ont cessé de se tenir sagement à distance respectable.
Nous sommes alors dans une Grande-Bretagne en pleine mue : sortie de récession, post-guerre froide, portée par un optimisme nouveau et un certain goût pour le chaos créatif. Une génération d’artistes et de créateurs décide que les frontières sont faites pour être traversées – voire piétinées. L’art contemporain flirte avec la pop culture, la mode s’inspire de la rue, et la musique infiltre tout, jusqu’aux cimaises des musées.
En toile de fond, le mouvement Cool Britannia accompagne l’arrivée au pouvoir de Tony Blair et transforme le Royaume-Uni en épicentre d’une effervescence culturelle exportable. Sous le commissariat du styliste Edward Enninful, The 90s entend restituer cette énergie brute à travers œuvres, archives et images qui racontent le moment précis où les règles ont commencé à sérieusement vaciller.

Le parcours convoque les photographies volontairement bancales de Juergen Teller et les expérimentations visuelles de Nick Knight, témoins d’un langage de la mode en pleine réinvention. Ces images dialoguent avec les œuvres de Damien Hirst, Gillian Wearing ou Yinka Shonibare – figures emblématiques des Young British Artists – dont les travaux dissèquent le corps, l’identité et les rapports de pouvoir avec un mélange d’audace et d’irrévérence qui continue d’influencer la création contemporaine.
La mode, elle, n’est pas reléguée au rang de simple décor. Vivienne Westwood, Alexander McQueen et Hussein Chalayan occupent le devant de la scène, rappelant combien le vêtement fut dans les années 1990 un véritable manifeste. Entre héritage punk, expérimentations radicales et provocations assumées, ces créateurs ont transformé le podium en terrain de résistance esthétique.
De Kate Moss, éternelle icône capturée par Juergen Teller, aux silhouettes incendiaires de l’« impératrice du punk », The 90s promet une relecture vibrante d’une décennie qui n’a jamais vraiment cessé de hanter notre imaginaire collectif.
The 90s, du 1er octobre 2026 au 14 février 2027, Tate Modern, Londres. Plus de renseignements sur tate.org.uk





