Le suspense aura duré plus de deux ans, le temps de faire tomber les échafaudages et de réveiller un géant endormi. Le successeur de C&A au 126, rue de Rivoli est enfin connu. Et non, ce ne sera pas un concept store cryptique. Redevco a officialisé le 16 janvier l’arrivée de Muji, qui installera ici son flagship français fin 2026, dans le cadre du projet baptisé BPM.
Avec 2.700 mètres carrés en ligne de mire, l’enseigne japonaise prouve que le minimalisme peut aussi voir grand. Et surtout qu’Uniqlo n’a pas le monopole de l’ambition nippone en Europe. Muji, chantre du “no brand” (Mujirushi Ryohin pour les puristes), a jeté son dévolu sur l’un des axes les plus fréquentés de la capitale. Résultat : un futur magasin parmi les plus vastes du continent, reléguant au rang de petit frère son déjà généreux format du Forum des Halles.
Un virage symbolique pour Muji, dont l’histoire parisienne a commencé en 1998 tout en discrétion, rue Saint-Sulpice, auprès d’une clientèle d’initiés rive gauche. En près de trente ans, la marque a essaimé dans le Marais, à Saint-Lazare, à Bastille… six adresses au total. Mais Rivoli change d’échelle : trois niveaux, un format XXL et une artère qui voit défiler près de 15 millions de visiteurs par an. Le “sans logo” sort de sa zone de confort.

Un Muji plus grand, plus riche, plus européen
La future boutique s’étendra sur 2.500 m² de surface de vente, répartis sur trois niveaux (-1, rez-de-chaussée et +1). Pour nous, c’est une véritable relance à Paris, puis à Londres, avant un déploiement plus large en Europe
explique à FashionNetwork.com Uriel Karsenti, directeur Europe de l’enseigne. Objectif affiché : aligner l’image de Muji en Europe avec son standard mondial.
Car aujourd’hui, les magasins européens n’exposent qu’environ la moitié de l’offre japonaise. À Rivoli, Muji pourra enfin lâcher les chevaux – ou plutôt les étagères : 85 % de l’offre nippone, incluant vêtements enfants, soins pour la peau, accessoires, maison, électronique… bref, tout l’art de vivre Muji sous un même toit.
Ce sera notre plus grand magasin en Europe, hors Finlande où nous avons un restaurant. Nous cherchons également un emplacement à Londres, idéalement autour d’Oxford Street, pour une ouverture majeure en 2027
précise le dirigeant.
Le flagship parisien fait donc figure de laboratoire stratégique, chargé de tester le potentiel d’expansion internationale du concept.
Un bâtiment qui bat à nouveau la mesure
Le décor n’est pas anodin. Avant Muji, C&A y a habillé des générations entières jusqu’à sa fermeture en 2023. Depuis, le propriétaire Redevco a engagé une refonte complète de cet ensemble de 13.000 m², dans un projet bien plus ambitieux qu’un simple lifting de façade.
Baptisé BPM (Beats Per Minute), le chantier piloté par l’architecte Franklin Azzi mêle retail, hôtellerie et usages hybrides. Outre le flagship Muji, le bâtiment accueillera un hôtel Radisson Collection de 57 chambres, des bureaux premium (LVMH serait intéressé par une partie des surfaces) et même un pôle de logistique urbaine en sous-sol. Le tout sans oublier l’histoire : une crypte classée du XIIIe siècle sera conservée, tandis qu’un rooftop végétalisé, accessible au public, offrira une nouvelle vue sur les toits de Paris.

Un signal fort pour Muji… et pour Rivoli
Alors qu’une autre enseigne de mode doit encore être dévoilée, Muji arrive avec tout son concept hybride mode-maison sur un axe parisien en pleine mue. Sa maison-mère, Ryohin Keikaku, a clôturé l’exercice 2024-25 avec un chiffre d’affaires de 785 milliards de yens (environ 4,3 milliards d’euros) et 1.450 magasins dans le monde. Si l’Europe et l’Amérique du Nord ne représentent encore que 5 % de l’activité, la dynamique est bien là, avec des croissances à deux chiffres en Europe début 2025-26 et une présence dans neuf marchés.
L’offre sera d’ailleurs progressivement enrichie en ligne dès la saison prochaine. De quoi rebattre les cartes du parc français actuel – cinq magasins à Paris, un à Lyon – et ouvrir la voie à de nouveaux formats plus ambitieux.
Plus de renseignements sur muji.eu





