- par Léa Lavigne-Tavernier & Apolline Boulagnon
On ignore encore ce que le hamster a bien pu faire. Dévorer un rouleau de pellicule ? Saboter une séance photo ? Une chose est certaine : à partir du 21 novembre prochain, il sera officiellement « le problème ». C’est en tout cas ce que promet « The Hamster Becomes The Problem », la nouvelle exposition consacrée au photographe britannique David Sims, à la Fondation Marta Ortega Pérez (MOP), à La Corogne.
Avec un titre aussi énigmatique qu’un message laissé par un artiste contemporain sur un post-it, cette rétrospective s’annonce comme une plongée XXL dans l’univers d’un homme qui a passé les trente-cinq dernières années à bousculer les codes de la photographie de mode… sans demander la permission.
Né à Sheffield en 1966, David Sims n’a jamais vraiment aimé suivre les lignes blanches. Là où d’autres photographiaient la mode, lui préférait raconter une histoire. Là où certains cherchaient la perfection, lui s’intéressait davantage à l’accident, au mouvement, à l’imperfection qui rend une image vivante.

Résultat ? Des campagnes devenues cultes, des couvertures de magazines qui ont marqué leur époque et des collaborations avec les plus grandes maisons de mode. Son travail a également trouvé sa place dans les collections du Victoria and Albert Museum à Londres, du LACMA à Los Angeles ou encore de la Tate, preuve qu’un cliché de mode peut parfois finir au musée plutôt que sur un panneau publicitaire.
Mais réduire David Sims à un photographe de mode serait un peu comme qualifier un couteau suisse de simple ouvre-bouteille.
Édition, publicité, projets personnels… l’artiste britannique navigue entre les disciplines avec une aisance désarmante, toujours animé par une même obsession : questionner notre manière de regarder les images. Et autant dire qu’à l’heure des réseaux sociaux, des filtres et de l’intelligence artificielle, cette question n’a jamais semblé aussi actuelle.

C’est justement cette intuition précoce que met en avant la Fondation MOP. Dès la fin des années 1990, alors que le numérique balbutiait encore, David Sims avait déjà compris que la révolution des images dépasserait largement les appareils photo. Il avait flairé le bouleversement avant tout le monde, comme certains sentent arriver la pluie ou un mauvais algorithme.
L’exposition prend ainsi la forme d’une exploration de ses propres archives. Plus qu’une simple rétrospective, « The Hamster Becomes The Problem » invite les visiteurs à naviguer dans un immense puzzle visuel où les époques dialoguent, où les personnages se répondent et où les frontières entre documentaire, mode, performance et intimité deviennent volontairement floues.
Chaque salle dévoile un morceau de cet univers où la jeunesse occupe une place centrale. Son énergie, sa fragilité, son irrévérence, sa capacité infinie à se réinventer. Autant de thèmes qui traversent l’œuvre du photographe depuis ses débuts.

Pour Marta Ortega, présidente de la Fondation MOP, David Sims n’a jamais photographié uniquement des vêtements. Il a surtout capturé des attitudes, des générations, des mouvements culturels et une certaine manière d’habiter son époque. Ses images, explique-t-elle, continuent aujourd’hui encore d’influencer le langage visuel contemporain avec une étonnante modernité.
Le parcours imaginé pour l’exposition se compose d’une succession d’espaces interconnectés, chacun mettant en lumière une facette de son travail. Avec David Sims, il n’y a jamais vraiment de bonne manière de regarder une photographie. Seulement de bonnes raisons de s’y perdre.
« The Hamster Becomes The Problem » sera présentée à la Fondation Marta Ortega Pérez (MOP), au Muelle de Batería de La Corogne, du 21 novembre 2026 au 1er mai 2027. Plus de renseignements sur themopfoundation.org




