La créatrice belge Julie Kegels décroche le Prix LVMH 2026 et repart avec 400 000 euros, un mentorat d’un an et, accessoirement, une sacrée longueur d’avance sur la prochaine génération de la mode.
Il aura fallu patienter plusieurs mois, mais le suspense a finalement pris fin cet après-midi. Devant un parterre d’invités et un jury qui ressemble davantage à un casting de rêve de la mode qu’à un simple comité de sélection – Jonathan Anderson, Maria Grazia Chiuri, Marc Jacobs, Stella McCartney, Nigo, Michael Rider et Delphine Arnault en tête – les trois grands prix de cette édition 2026 du Prix LVMH ont livré leur verdict.
Parmi les neuf finalistes annoncés en avril, trois noms ont donc tiré leur épingle du jeu. Et la grande gagnante du Prix LVMH est belge, s’appelle Julie Kegels, et semble avoir trouvé une jolie manière de mettre un peu de désordre dans le vestiaire féminin.
Julie Kegels, la Belge qui habille toutes les femmes à la fois
Fondé en 2024, le label Julie Kegels ne s’embarrasse pas vraiment des cases. Son terrain de jeu ? Le vestiaire féminin, envisagé comme un territoire à géométrie variable où chaque silhouette raconte une identité différente.
La créatrice, formée à l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers – passage presque incontournable lorsqu’on ambitionne de secouer sérieusement la mode belge – a notamment travaillé aux côtés de Pieter Mulier et Meryll Rogue. Une formation qui se retrouve dans des collections mêlant silhouettes sculpturales, techniques artisanales et matériaux durables.


Son inspiration, elle, ne vient pas uniquement des podiums. Julie Kegels puise dans les souvenirs personnels, les espaces domestiques et les petites bizarreries de la vie moderne. Autrement dit : la maison, la mémoire et le quotidien passent eux aussi à la machine à laver créative.
Le résultat séduit le jury. À la clé : 400 000 euros, ainsi qu’un mentorat personnalisé d’un an assuré par les équipes de LVMH. De quoi transformer une jeune maison prometteuse en entreprise beaucoup moins jeune – du moins financièrement.
Zane Li, le sport passe en haute couture
Le Prix Karl Lagerfeld revient quant à lui à Zane Li, créateur chinois installé à New York et fondateur du label LII.
Diplômé du Fashion Institute of Technology en 2023, il n’aura pas perdu beaucoup de temps entre les études et la création de sa propre marque : sa première collection, consacrée à l’automne-hiver 2024, était déjà sur les rails.
Son univers joue sur une rencontre particulièrement musclée : le sport et la haute couture. Zane Li réinterprète des formes audacieuses et des silhouettes affirmées en travaillant des matières aux textures riches et une palette de couleurs résolument contemporaine.
Le jury lui attribue 200 000 euros, accompagnés, là encore, d’un mentorat d’un an par le groupe LVMH. Une manière de rappeler qu’en mode, avoir du talent est une chose, mais savoir quoi en faire – et comment le financer – en est une autre.
Anil Padia remet le crochet au milieu du podium
Enfin, le Prix des Savoir-Faire récompense le designer indo-kenyan Anil Padia et son label Yoshita 1967.
Sa spécialité ? Le crochet. Oui, celui que l’on associe volontiers aux après-midi créatifs, aux napperons et aux pelotes de laine. Sauf qu’entre les mains d’Anil Padia, le crochet devient un véritable langage artistique.
Le créateur s’intéresse notamment à l’identité, à la mémoire et au tabou, tout en mettant en avant le savoir-faire manuel et les communautés qui perpétuent ces techniques au Kenya. Une façon de faire dialoguer le passé et le présent sans demander à l’artisanat de rester gentiment enfermé dans une vitrine.
Le prix lui offre 200 000 euros et un an de mentorat consacré à la transmission des compétences, à la préservation des savoir-faire et au développement éco-responsable de ses collections.
Trois prix, trois façons de faire bouger les lignes
Cette édition 2026 aura donc consacré trois visions très différentes de la mode : Julie Kegels et son vestiaire sculptural et intime, Zane Li et son dialogue entre sport et couture, Anil Padia et la réinvention d’un artisanat profondément ancré dans la mémoire collective.
Trois créateurs, trois univers et surtout une même idée : la mode de demain n’a visiblement aucune intention de demander la permission avant de pousser les murs.
Pour Julie Kegels, la prochaine étape s’annonce particulièrement intéressante. Avec 400 000 euros en poche et les équipes de LVMH à ses côtés pendant un an, la créatrice belge dispose désormais des moyens de donner davantage d’ampleur à une maison qui n’a même pas encore soufflé sa deuxième bougie.
Anvers peut donc commencer à sabrer le champagne. Et Julie Kegels, elle, peut retourner travailler. Avec 400 000 euros de plus dans le budget, évidemment.




