500 mètres carrés, trois niveaux, un hôtel particulier de 1708 et suffisamment de patrimoine pour faire rougir un conservateur : Fauré Le Page pose ses valises au 352 rue Saint-Honoré. À deux pas de la place Vendôme, la maison parisienne signe une rentrée en grande pompe.
Dix-sept ans après avoir ressuscité son nom au 21 rue Cambon, Fauré Le Page s’offre désormais un écrin de près de 500 mètres carrés au cœur du très convoité 1er arrondissement. Baptisé Maison Saint-Honoré, ce nouveau flagship s’installe dans un hôtel particulier construit en 1708. Autrement dit, un bâtiment qui avait déjà une belle carrière avant même que le mot « flagship » n’entre dans le vocabulaire du luxe.
Avec cette ouverture, la maison porte à douze le nombre de ses boutiques dans le monde, entre la France, l’Asie et le Moyen-Orient. Une expansion soigneusement orchestrée qui permet au malletier-maroquinier de renforcer sa présence sur la carte du luxe parisien, à quelques enjambées de la place Vendôme.

Pour transformer cette demeure historique en nouvelle adresse phare, Fauré Le Page a renouvelé sa confiance à l’architecte français Jean de Gastines, déjà aux commandes des boutiques de la maison à travers le monde.
Pas question, toutefois, de faire table rase du passé. Les volumes ont été restaurés dans le respect de l’architecture classique française du XVIIIe siècle, avec parquets de Versailles, moulures et cheminées d’époque. Le tout enrichi d’interventions contemporaines signées par plusieurs maîtres d’art.
Le ferronnier Romain Barré a ainsi imaginé une sculpture monumentale et le garde-corps du Grand Escalier. Les peintres décorateurs Dominique et Noé Bouillon ont, eux, créé une fresque inspirée du bocage normand ainsi qu’un plafond aérien baptisé « nuage de poudre ». Une poésie bucolique qui contraste assez délicieusement avec l’agitation de la rue Saint-Honoré.
Une boutique qui se visite comme une maison de famille
Fauré Le Page revendique ici le concept de « maison pour la maison ». Et cela se ressent dans la circulation imaginée sur trois niveaux, où chaque pièce possède son propre caractère.
Au rez-de-chaussée, le Vestibule accueille le visiteur autour du Daily Battle, cabas emblématique de la maison. À l’entresol, la Salle des Archives fait dialoguer trois siècles d’histoire avec les créations contemporaines.
Puis viennent les salons en enfilade du premier étage. Le Salon de Diane est dédié aux collections féminines, tandis que le Salon des Quatre Saisons rassemble les lignes masculines, de voyage et d’affaires.
Et parce qu’un flagship parisien ne saurait être complet sans un espace où l’on peut discuter tranquillement loin de la foule, un salon VIP prend des airs de bibliothèque. On y trouve des ouvrages anciens témoignant de la présence de la maison dans la littérature, sous les plumes de Balzac, Dumas, Musset ou Chateaubriand. Rien que ça.

Quand le savoir-faire devient décor
La Maison Saint-Honoré ne se contente pas d’exposer des sacs. Elle entend aussi raconter comment ils sont faits. Au cœur de cette démonstration figure la Toile Écailles, signature de Fauré Le Page. Souple et résistante, elle est sérigraphiée artisanalement à Annecy selon une méthode traditionnelle d’impression au cadre à la lyonnaise, en quatre étapes.
Sous la direction artistique d’Augustin de Buffévent, l’adresse fait également la part belle à la création contemporaine. Céramiques animalières d’Agnès Soustiel, sculptures florales d’Henriette Jansen et œuvres d’Arnaud Calvé viennent ponctuer les espaces. Ici, l’art n’est donc pas vraiment accroché aux murs : il semble plutôt avoir été invité à emménager.
De l’arquebuse au sac à main
L’ouverture prend d’autant plus de relief qu’elle s’inscrit dans une histoire pour le moins singulière. Fondée au XVIIIe siècle comme arquebusier des souverains français, Fauré Le Page a longtemps évolué dans l’univers des armes et de l’artisanat d’exception avant de connaître une seconde vie dans la maroquinerie de luxe à partir de 2009.
Dix-sept ans plus tard, la maison transforme donc un hôtel particulier du XVIIIe siècle en manifeste de son présent. Une manière, en somme, de rappeler que chez Fauré Le Page, le temps ne passe pas vraiment : il change simplement de cuir, de toile et d’adresse.
Avec sa Maison Saint-Honoré, la griffe consolide ainsi son positionnement dans un luxe à la fois statutaire, patrimonial et narratif. Et prouve qu’à Paris, même lorsqu’on parle de sacs, il est encore possible de raconter une histoire qui commence trois siècles plus tôt.




