Il était une fois une abbaye sans vigne. Pas franchement le scénario le plus attendu en Provence. Depuis 2002, Lorenzo Pellicioli s’emploie pourtant à réécrire l’histoire de l’Abbaye de Pierredon, domaine niché au cœur des Alpilles, avec une idée aussi simple qu’ambitieuse : repartir de zéro pour faire renaître deux cultures qui semblaient ici couler de source – la vigne et l’olivier.
À son arrivée, aucune culture n’est en place. Le terrain est donc vierge, ou presque. Mais l’histoire agricole du site monastique, elle, est toujours là, tapie quelque part entre les pierres, les oliviers et les paysages sauvages des Alpilles. Et puis il y a le vin. Celui produit sur ce territoire, qui donne manifestement quelques idées à Lorenzo Pellicioli.
Alors, plutôt que de regarder le passé dans le rétroviseur, il décide de lui donner une suite. Il plante. De la vigne. Des oliviers. Et, surtout, il imagine une manière de cultiver qui ne consiste pas à demander à la nature de faire de la place, mais à lui demander de participer.

Une vigne qui ne joue pas les divas
Depuis 2010, Badigh Maaz, chef de culture, accompagne Lorenzo Pellicioli dans cette aventure. Ensemble, ils développent une vision très précise de la viticulture à Pierredon. Produire du raisin, oui, mais sans transformer les Alpilles en parking à ceps. Les 11 hectares du vignoble sont ainsi répartis en îlots, sur différents coteaux et selon différentes expositions. Les parcelles s’insèrent dans le paysage comme si elles y avaient toujours été. Chêne kermès, genévrier cade, romarin, pins, oliviers… Ici, la vigne n’est pas seule à tenir le premier rôle.
Depuis désormais 20 ans, le domaine travaille selon les principes de l’agroforesterie et de l’agriculture biologique. Une philosophie récompensée par la certification bio Ecocert et qui repose sur une idée plutôt saine : avant de demander au sol de produire, il faut commencer par le respecter.
Le vignoble s’enracine ainsi dans des sols argilo-calcaires, typiques du massif des Alpilles. Des terres qui permettent aux racines de descendre en profondeur et d’aller chercher ce dont la plante a besoin. Une sorte de garde-manger souterrain, en somme, avec la particularité de ne pas avoir besoin de réservation.

Les Alpilles en version grand écran
Côté météo, Pierredon bénéficie d’un allié de poids. Son climat. Méditerranéen. Beaucoup de soleil, peu d’humidité et un vent qui sait se montrer particulièrement convaincant. Des conditions sanitaires naturellement favorables à la vigne. Le vent limite notamment la pression de certaines maladies, tandis que l’ensoleillement accompagne la maturation des raisins.
Dans les rangs, l’enherbement favorise la vie des sols. Leur entretien se fait par piochage manuel ou mécanique, notamment pour favoriser la diffusion des amendements organiques.
Et dans les verres, cette approche se traduit par des vins en IGP Alpilles qui cherchent moins à rentrer dans une case qu’à raconter leur territoire.

Rolle, Syrah, Grenache… et quelques invités surprise
L’encépagement fait évidemment la part belle aux grands classiques méditerranéens : Rolle, Syrah, Grenache, Cinsault.
Mais Pierredon aime aussi sortir un peu des sentiers battus. Cabernet-Sauvignon, Merlot et Sauvignon ont trouvé ici leur place. Des cépages qui, sur le papier, pourraient sembler avoir pris un billet pour une autre région, mais qui révèlent dans les Alpilles des expressions aromatiques étonnantes.
Cette diversité n’a rien d’un caprice de vigneron. Elle résulte d’une réflexion menée autour des sols et du climat chaud et sec du domaine, avec l’envie de faire émerger de nouvelles expressions vineuses.

Vendanger doucement, c’est possible
Quand vient le moment des vendanges, pas question de brusquer les choses. Tout se fait à la main. Les grappes sont récoltées en caissettes de 20 kg afin de préserver au mieux leur intégrité. Un premier tri est effectué directement à la vigne : seules les plus belles grappes, parfaitement mûres et présentant un état sanitaire optimal, poursuivent l’aventure.
Pour certains cépages, la récolte se fait même de nuit. La fraîcheur du fruit permet ainsi de préserver la complexité aromatique et d’éviter un éventuel choc thermique.
À Pierredon, le raisin n’est donc pas cueilli comme on ramasse des feuilles mortes. Il est accompagné, observé, sélectionné. Bref, traité avec suffisamment d’égards pour comprendre qu’il finira bientôt dans une bouteille.
Ultima Laude 2024 : le dernier mot revient au vin
Parmi les cuvées du domaine, Abbaye Sainte-Marie de Pierredon Ultima Laude 2024 porte particulièrement bien son nom. « Ultima Laude », ou la dernière louange : une conclusion qui, dans le verre, ressemble davantage à une invitation à recommencer qu’à un point final.

Ce Vin de Pays des Alpilles est issu de raisins issus de l’agriculture biologique. Il assemble 95 % de Rolle et 5 % de Sauvignon, sur terroir argilo-calcaire. Le rendement est volontairement maîtrisé à 35 hl/ha, pour une production de quelque 6 500 bouteilles de 75 cl.
Dans le verre, Ultima Laude 2024 affiche une robe légèrement dorée. Le nez est expressif et complexe. On y trouve des notes pâtissières, évoquant notamment la brioche, auxquelles s’ajoutent des parfums floraux rappelant le genêt. En bouche, l’attaque est vive, rapidement relayée par une belle rondeur. Le vin déroule ensuite une palette plus gourmande : fruits secs grillés – amande, noisette – et fruits exotiques, avec notamment le fruit de la passion.
L’ensemble compose un blanc à la fois équilibré et complexe, qui peut parfaitement se boire dans sa jeunesse, mais qui possède également suffisamment de matière pour patienter quelques années en cave.
Et pour passer à table, inutile de chercher midi à quatorze heures. Ultima Laude 2024 appelle naturellement un joli plateau de fruits de mer ou de beaux poissons grillés à chair blanche.
Plus de renseignements sur abbayedepierredon.com




