Du Château Vari au Château Marie-Plaisance en passant par les cuvées Picata et Château Monbazillac, quatre cuvées du Sud-Ouest prouvent que les vins moelleux savent jouer dans la cour des grands. Entre pourriture noble, élevages en fûts et finales interminables, ces nectars ont plus d’un tour dans leur bouteille.
Il y a les vins que l’on ouvre machinalement à l’apéritif. Soit. Et il y a ces liquoreux du Bergeracois qui débarquent à table avec des airs de vedettes. Dorés, concentrés, délicieusement extravagants, les Monbazillac et Saussignac n’ont pas l’intention de se laisser enfermer dans le cliché du vin sucré que l’on sert à tort avec un foie gras. Voici quatre cuvées, quatre personnalités et une même ambition, réconcilier gourmandise et caractère :
Château Marie-Plaisance – « Château Marie-Plaisance Prestige » – AOP Saussignac BIO (2021)
Bergeracois, Dordogne – 15,50 € au domaine

La cuvée Prestige 2021 du Château Marie-Plaisance rappelle qu’un vin de caractère n’a pas forcément besoin d’un prix spectaculaire pour se faire remarquer. Derrière cette bouteille se trouve une histoire familiale bien ancrée dans le paysage bergeracois.
Le domaine, qui s’étend sur 55 hectares, appartient à la même famille depuis cinq générations. Depuis 2007, Thomas, François et Anne ont repris les rênes de l’exploitation familiale. Béryl, l’épouse de François, a rejoint l’aventure en 2017. Le nom du château associe celui de leur mère, Marie, aux coteaux de Plaisance où poussent les vignes. Une histoire de famille, donc, mais pas une histoire figée dans le passé.
La nouvelle génération a modernisé les installations et fait évoluer les pratiques culturales. Le domaine s’est engagé dans l’agriculture biologique dès 2010 et revendique le label AB. Une orientation qui accompagne une volonté de produire des vins de terroir tout en accordant davantage de place au respect des sols et du vivant.
La cuvée Prestige est élaborée à partir de 90 % de Sauvignon blanc et de 10 % de Sémillon, sur un terroir argilo-calcaire. Les raisins touchés par la pourriture noble sont sélectionnés manuellement, puis triés avec soin lorsque leur concentration est jugée optimale. Après pressurage pneumatique, le moût fermente en fûts de chêne. Le vin est ensuite élevé pendant 12 mois sur lies fines.
Le résultat promet un liquoreux où la richesse naturelle des raisins rencontre la fraîcheur aromatique du Sauvignon. Le Sémillon apporte de son côté la matière nécessaire pour donner du relief à l’ensemble. Sans chercher à rivaliser avec les cuvées les plus démonstratives, cette bouteille mise sur l’équilibre et l’expression du terroir. À table, elle trouve sa place auprès d’une volaille rôtie ou d’un fromage persillé. Elle pourra également accompagner un dessert aux fruits, à condition de ne pas choisir une préparation trop sucrée, qui risquerait de faire perdre au vin une partie de sa finesse.
Château Poulvère – « Cuvée Picata » – AOC Monbazillac (2018)
Bergeracois, Dordogne – 29 € au domaine

Picata 2018. Ce Monbazillac sort sa panoplie de grand séducteur, mais sans en faire des tonnes. Sa recette repose sur un assemblage de 50 % de Sémillon, 25 % de Muscadelle et 25 % de Sauvignon, cultivés sur des terres argilo-calcaires où l’ensoleillement généreux se conjugue à un drainage efficace. La fraîcheur de la Dordogne vient compléter le tableau et tempérer les ardeurs du soleil.
La cuvée provient d’une sélection de deux hectares au sein d’un vignoble de 50 hectares. Le rendement est limité à 15 hectolitres par hectare, avec des vignes plantées à raison de 4 000 pieds par hectare. Le travail est minutieux toute l’année, de la taille hivernale à l’entretien du feuillage en été, en passant par le travail mécanique des sols et une protection phytosanitaire raisonnée.
La récolte, réalisée manuellement, concerne des grappes atteintes à 80 à 90 % par la pourriture noble. Derrière cette expression un peu inquiétante pour les non-initiés se cache un phénomène précieux, le développement du champignon Botrytis cinerea dans des conditions particulières, qui favorise la concentration des raisins et donne naissance à des vins liquoreux riches en arômes.
La dégustation dévoile une robe dorée classique, un nez généreux de citron, de fruits confits et de boisé discret. En bouche, l’attaque est fraîche et nette, avant de laisser place à une matière ample et séveuse. Les agrumes apportent une tension bienvenue, jusqu’à une finale savoureuse qui conjugue finesse et longueur.
Picata n’est pas seulement un vin de dessert. Il peut accompagner des fromages de caractère ou une cuisine sucrée-salée. Et pour ceux qui aiment les distinctions, la cuvée a été mise à l’honneur par une étoile au Guide Hachette des vins 2021 ainsi que par des médailles d’or au Concours Général Agricole de Paris et au Concours des Vignerons Indépendants en 2020. Un joli palmarès pour un vin qui préfère visiblement les actes aux grands discours.
Château Monbazillac – « Château Monbazillac » AOC Monbazillac (2014)
Monbazillac, Dordogne – 33,50 € au domaine

Il y a les associations qui fonctionnent par habitude et celles qui méritent vraiment qu’on s’y attarde. Avec cette cuvée, le programme est annoncé dès le départ, un tajine d’agneau aux fruits secs, des abricots, des figues, des pruneaux et une pincée de cannelle ou de vanille. Voilà une bouteille qui ne semble pas avoir peur de se frotter à une cuisine généreuse.
Les vignes sont situées autour du château, sur la côte nord et le plateau. L’encépagement associe 75 % de Sémillon, 13 % de Sauvignon et 12 % de Muscadelle.
Les vendanges sont réalisées manuellement, par tries successives, afin de sélectionner les raisins à maturité et de favoriser la concentration nécessaire à l’élaboration d’un vin liquoreux. La fermentation et l’élevage se déroulent ensuite pendant 17 mois en fûts de chêne.
Le Sémillon constitue l’ossature de l’assemblage, tandis que le Sauvignon et la Muscadelle apportent leurs nuances aromatiques. Le passage en barrique complète le profil du vin et lui donne les moyens de tenir tête à des plats riches en épices et en fruits secs.
Cette cuvée s’adresse aux amateurs qui veulent sortir des accords convenus. Le tajine d’agneau semble tout indiqué, puisque ses notes fruitées et épicées peuvent dialoguer avec la richesse du Monbazillac. Une volaille aux épices douces ou un fromage persillé offriront également de belles pistes.
Domaine Château Vari, « Château Vari Gold » AOC Monbazillac (2010)
Bergeracois, Dordogne – 62 € (bouteille de 50 cl) au domaine

À 16 ans, certains millésimes ont déjà pris leur retraite. Le Château Vari Gold 2010, lui, semble avoir trouvé le secret de la longévité. Produit à seulement 800 bouteilles, ce Monbazillac 100 % Sémillon joue dans la catégorie des vins rares, ceux que l’on ne débouche pas à la va-vite.
Sur ses sols argilo-calcaires reposant sur un calcaire profond, le vignoble profite d’une exposition sud à sud-ouest. Les vignes, âgées en moyenne de 25 ans, affichent des rendements particulièrement faibles, à seulement cinq hectolitres par hectare. Autant dire que la quantité n’est pas franchement la priorité de la maison.
Ici, les raisins sont vendangés à la main, au fil de tries successives, avant d’être sélectionnés grain par grain. Le jus est ensuite extrait très lentement au pressoir pneumatique. La fermentation se déroule en barriques de 225 litres, avec les seules levures indigènes, avant un élevage de 24 mois. Pas de raccourci, pas de précipitation, le temps fait la recette.
La robe jaune paille brille avec l’assurance d’un bijou entretenu. Le nez, délicat et complexe, mêle des notes exotiques à des nuances de tabac, de fleurs blanches et d’épices. En bouche, le vin déploie une matière ample, concentrée et puissante, sans jamais sacrifier sa finesse. L’acidité, particulièrement vive, vient remettre les pendules à l’heure et prolonge la dégustation sur une longueur remarquable.
Ce Gold assume sa richesse sans tomber dans la lourdeur. C’est un vin de patience, annoncé pour évoluer sur plusieurs décennies. À table, il accompagne volontiers les volailles rôties, les plats épicés et les fromages à pâte persillée. Servi frais, il pourrait même convertir les sceptiques qui pensent que les vins liquoreux ne savent faire qu’une seule chose.



