Des toiles lugubres, des prostituées aux airs de cadavres et une chambre supposément hantée par le plus célèbre tueur en série de l’histoire britannique… Walter Sickert avait tout du suspect idéal. Mais derrière le portrait du peintre maudit, que reste-t-il des preuves ?
Né en 1860, Walter Sickert bouscule la peinture anglaise avec ses scènes de music-hall, ses nus dérangeants et ses atmosphères morbides. Là où ses contemporains cherchent la beauté, lui préfère les chambres glauques et les corps désérotisés. Bref, le genre d’artiste qui ne donne pas franchement envie de visiter son atelier seul, à la tombée de la nuit.
En 1907, il peint La Chambre de Jack l’Éventreur, une toile sombre qui relance les spéculations. Selon une rumeur, son logement londonien aurait autrefois appartenu au tueur qui terrorisa Whitechapel en 1888. Ajoutez à cela son intérêt pour les crimes ignobles et sa déclaration selon laquelle « un meurtre est un aussi bon sujet que n’importe quel autre » : les détectives amateurs ont déjà sorti les menottes.
L’ADN du soupçon
En 2002, la romancière Patricia Cornwell ravive la théorie dans une enquête coûteuse, affirmant avoir découvert des indices génétiques et des similitudes entre les écrits de Sickert et ceux attribués à Jack l’Éventreur. Mais l’authenticité de nombreuses lettres du tueur est contestée et les analyses avancées ne permettent pas d’établir sa culpabilité. La science, contrairement aux thrillers, ne fournit pas toujours un coupable à la dernière page.
D’autres éléments fragilisent encore l’accusation, notamment la possibilité que Walter Sickert se soit trouvé en France pendant une partie des meurtres. Jamais interrogé par Scotland Yard dans cette affaire, le peintre meurt en 1942 sans avoir été formellement mis en cause par la justice.

Le coupable idéal ?
Depuis des décennies, livres et enquêtes se succèdent pour faire de Sickert un complice ou le meurtrier lui-même. Pourtant, aucune preuve concluante ne permet de confirmer cette hypothèse. Ses tableaux macabres témoignent d’une fascination pour la violence, pas d’une participation aux crimes.
Alors, génie sulfureux ou assassin insoupçonné ? À défaut de réponse, Walter Sickert reste le suspect parfait : suffisamment inquiétant pour nourrir les fantasmes, suffisamment mystérieux pour faire vendre des livres. Quant à Jack l’Éventreur, près de 140 ans après les faits, il conserve son chef-d’œuvre : un crime jamais élucidé et une légende qui refuse de mourir.
Pour prolonger l’enquête, il est possible de se plonger dans L’unique portrait de Jack l’Éventreur (2024), de Johann Naldi, aux éditions de l’Observatoire, ainsi que dans Jack l’Éventreur, affaire classée. Portrait d’un tueur (2002), de Patricia Cornwell, aux éditions des Deux Terres.




