Des Tabi de Margiela aux sacs à main Louis Vuitton, en passant par les parfums sculptés et les installations conceptuelles, la semaine d’Art Basel Paris transforme la capitale en vaste terrain de jeu artistique. Une occasion en or pour les marques de luxe de cultiver leur image, quitte à faire de chaque boutique un musée et de chaque produit une œuvre d’art.
À Paris, du 20 au 25 octobre, l’art ne se contente pas d’occuper le Grand Palais : il s’invite partout où il y a une vitrine, un logo et, idéalement, quelques collectionneurs fortunés. À l’occasion d’Art Basel Paris, les maisons de mode, de beauté et les concept-stores rivalisent d’imagination pour prouver qu’elles ont aussi une âme artistique. Au programme : des expositions, des performances, des livres, des parfums et beaucoup de concepts.
Dans le XVIe arrondissement, The ReSee Boutique joue la carte de la nostalgie chic avec des archives de Martin Margiela, dont les mythiques bottines Tabi, accompagnées de pièces vintage de Comme des Garçons et Yohji Yamamoto. Une plongée dans l’histoire de la mode où le vêtement ancien n’a rien de poussiéreux, surtout lorsqu’il est devenu introuvable.
Chez Dover Street Market Paris, le menu est plus copieux qu’un catalogue de musée. Verre thermoformé, mousse industrielle, néons, vases crochetés et créations artisanales composent un parcours où tout semble pouvoir devenir une œuvre. Le concept-store ajoute à cette joyeuse accumulation des publications artistiques, une collaboration entre Otto 958 et Asics, une performance autour de jupes fabriquées à partir de stocks dormants et des parfums présentés comme des expériences sensorielles. Acheter un livre ou essayer des baskets n’aura décidément jamais été aussi conceptuel.
Sur les Champs-Élysées, Guerlain transforme sa boutique du numéro 68 en espace d’exposition avec L’Heure des Possibles, du 21 octobre au 15 novembre. Trente-quatre artistes internationaux, parmi lesquels James Turrell, Ugo Rondinone et Laure Prouvost, explorent la lumière et les variations du crépuscule. Un hommage artistique à L’Heure Bleue, parfum créé en 1912 et réinterprété en 2026. Même le coucher du soleil a désormais droit à son lancement de produit.
Au Grand Palais, Louis Vuitton célèbre sept années de son projet Artycapucines. Du 23 au 25 octobre, quatorze artistes dévoilent leurs interprétations du sac Capucines, parmi lesquels Alex Israel, Urs Fischer et Tschabalala Self. Une nouvelle série consacrée à Keith Haring complète le parcours. Ici, le sac à main ne transporte plus seulement un téléphone et un portefeuille : il transporte une ambition artistique, soigneusement emballée dans une scénographie inspirée des caisses de transport d’œuvres.
Le programme prend une tournure plus engagée au Palais d’Iéna, où Miu Miu confie à la réalisatrice Alice Diop le projet Geste de Consolation. Photographies de Zanele Muholi, vidéos, lectures et performances de Nadia Beugré et Angel Bat Dawid composent un parcours consacré à la représentation des femmes noires. La mode laisse ici les podiums de côté pour ouvrir un espace de réflexion sur les images, les identités et la mémoire.
Enfin, chez Long Story Short, la peintre japonaise Tomona Matsukawa explore les silences du quotidien dans l’exposition What Slips By, tandis que The ReSee rappelle que les archives vestimentaires peuvent être aussi désirables que les nouveautés les plus coûteuses.



