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Pillages : la Macronie découvre que les voleurs ont Internet

by la redazione
21 octobre 2026
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Des magasins dévalisés, des stocks qui réapparaissent sur Internet et des annonces parfois si suspectes qu’elles semblent avoir été rédigées par les voleurs eux-mêmes. La Macronie hausse le ton contre les géants de la revente. Vinted, Leboncoin, Amazon et consorts sont sommés de faire le ménage.

Il y a les marchandises fraîchement pillées, proposées en ligne à des prix qui feraient rougir les commerçants. Dans la grande braderie numérique, certains semblent avoir confondu économie circulaire et circuit court entre le magasin dévalisé et le portefeuille du receleur.

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Face à la multiplication d’annonces suspectes sur les sites de commerce en ligne après les pillages survenus dans plusieurs villes françaises, Macron et ses sujets ont décidé de sortir de leur réserve. Serge Papin, ministre des PME et du Commerce, et Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée du Numérique, ont convoqué les principaux acteurs du secteur. À l’ordre de la semaine : empêcher que les plateformes de revente ne se transforment en comptoirs de liquidation pour marchandises volées.

Autour de la table, du « gratin » : Vinted, Amazon, eBay, Leboncoin, Meta, maison mère de Facebook/Instagram, et TikTok Shop. La Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad) ainsi que l’Alliance française des places de marché, qui réunit notamment Back Market, Etsy, ManoMano et Vinted, étaient également présentes.

Bref, les poids lourds du commerce numérique ont été invités à une petite séance de rappel à l’ordre. Une réunion qui pose une question embarrassante. Comment des entreprises capables de traquer les goûts, les habitudes et les moindres inclinations commerciales de leurs utilisateurs peuvent-elles se montrer moins perspicaces lorsqu’il s’agit de repérer un produit dont l’origine sent manifestement le roussi ?

Des antivols en guise de certificat d’authenticité

L’exécutif a obtenu deux engagements immédiats. Le premier porte sur le renforcement de la coopération avec les autorités. Les plateformes devront identifier et signaler les contenus potentiellement illicites, puis transmettre aux enquêteurs les informations utiles pour retrouver les receleurs.

Le deuxième concerne la surveillance des annonces. Les équipes de modération devront notamment s’intéresser aux prix anormalement bas, aux lots de produits neufs, aux antivols encore visibles sur les photographies et aux descriptions évoquant explicitement des marchandises volées. Les demandes d’achat suspectes feront l’objet d’une vigilance accrue.

Encore faut-il que ces indices soient effectivement exploités. Car la modération des plateformes ressemble parfois à une loterie. Une annonce parfaitement anodine peut être bloquée, tandis qu’une autre, nettement plus douteuse, traverse les contrôles avec la sérénité d’un colis prioritaire. La prévention est généralement plus efficace que les excuses, même si elle est moins photogénique.

Le miracle de l’algorithme qui ne voit rien

C’est là que le sujet devient particulièrement savoureux. Les plateformes ont bâti leur puissance sur leur capacité à analyser des volumes considérables de données, à repérer les comportements des utilisateurs et à optimiser chaque étape de la transaction. Elles savent suggérer le bon produit au bon moment, détecter certaines activités inhabituelles et transformer une simple visite en achat compulsif.

Mais lorsqu’il s’agit de marchandises issues de pillages, la mécanique paraît soudain moins infaillible. Le produit neuf bradé, les quantités inhabituelles et les antivols visibles sont pourtant des indices autrement moins subtils que les habitudes d’achat d’un consommateur.

L’algorithme, si performant pour vous convaincre d’acheter une paire de chaussures dont vous ignoriez l’existence cinq minutes plus tôt, devrait pouvoir se montrer un peu moins naïf face à une annonce douteuse. À moins que la détection des bonnes affaires ne soit plus rentable que celle des mauvaises pratiques.

Il ne s’agit évidemment pas de considérer chaque vendeur de seconde main comme un suspect, ni de demander aux plateformes de mener elles-mêmes des enquêtes judiciaires. Le marché de l’occasion répond à une demande légitime et participe à des habitudes de consommation bien installées. Mais entre la vente d’un pull usagé et l’écoulement précipité d’un stock flambant neuf, il existe des différences que des outils de contrôle sérieux devraient pouvoir prendre en compte.

Des consommateurs avertis, des plateformes surveillées

Troisième engagement : mieux informer les acheteurs des risques juridiques et des sanctions encourues en cas de recel. Une manière de rappeler que le prix le plus bas n’est pas toujours la meilleure affaire et que l’origine d’un produit ne devient pas miraculeusement irréprochable parce que le paiement passe par une application.

Reste une difficulté : comment distinguer l’acheteur de bonne foi de celui qui préfère ne pas poser trop de questions ? Une annonce suspecte ne suffit pas, à elle seule, à établir qu’un délit a été commis. Les contrôles devront donc être suffisamment précis pour cibler les situations à risque sans transformer le marché de l’occasion en parcours d’obstacles pour les utilisateurs honnêtes.

Quatrième mesure, enfin : les plateformes devront fournir aux autorités un suivi chiffré et régulier des annonces retirées, des dispositifs de contrôle déployés et des signalements transmis. Un premier bilan est attendu sous 48 heures.

Cette fois, il ne suffira donc plus d’affirmer que les équipes de modération sont mobilisées. Il faudra présenter des chiffres. Une perspective qui devrait permettre de vérifier si la mobilisation annoncée se traduit par des résultats concrets ou si elle se résume à quelques suppressions d’annonces suivies d’un communiqué rassurant.

VigE-commerce : le gendarme entre dans la boutique virtuelle

Pour coordonner les opérations, les ministres ont également décidé d’activer la cellule VigE-commerce. Celle-ci devra rassembler les services ministériels compétents et surveiller les flux de ventes opérés sur les plateformes afin de contribuer à la sécurisation du commerce physique.

Cette décision intervient alors que Vinted avait elle-même alerté, lundi, sur un afflux d’annonces soupçonnées de proposer des biens issus des pillages commis samedi et dimanche dans plusieurs villes de France.

L’alerte de la plateforme lituanienne souligne l’ampleur du problème, mais aussi son paradoxe : les acteurs de la revente sont à la fois les lieux où peuvent apparaître les marchandises suspectes et des outils potentiels pour les repérer. Encore faut-il qu’ils disposent des moyens nécessaires et qu’ils les utilisent sans attendre que l’affaire devienne suffisamment embarrassante pour attirer l’attention des pouvoirs publics.

L’activation de VigE-commerce doit permettre de mieux articuler la surveillance des ventes, les signalements et le travail des enquêteurs. Elle ne réglera pas tout, mais elle devrait compliquer la tâche de ceux qui comptent sur l’anonymat relatif et la vitesse des transactions pour transformer un butin en argent liquide.

3 000 commerces touchés : la vraie facture n’est pas sur Internet

Pendant que l’État s’emploie à nettoyer les vitrines numériques, les victimes des pillages doivent, elles, gérer les conséquences très concrètes des dégradations et des vols. Le gouvernement estime à environ 3 000 le nombre de commerces touchés à ce stade.

L’exécutif a annoncé plusieurs mesures de soutien, dont le déblocage d’un fonds d’urgence destiné à reconstituer les stocks et la prise en charge à 100 % des salaires des équipes commerciales dans l’attente de la reprise de l’activité.

Pour les commerçants concernés, le problème n’a rien d’une simple anomalie informatique. Il faut réparer les locaux, remplacer les marchandises, continuer à payer les salariés et retrouver des clients après une interruption forcée. Pendant ce temps, voir réapparaître sur Internet des produits susceptibles de provenir des pillages constitue une double peine : non seulement le stock a disparu, mais il risque de nourrir un marché qui encourage la revente des biens dérobés.

La réponse publique devra donc aller au-delà des annonces supprimées. Le soutien aux commerces, l’identification des auteurs et des receleurs, ainsi que la coopération des plateformes sont les pièces d’un même dispositif. Sans cela, les mesures d’urgence risquent de réparer les dégâts sans s’attaquer suffisamment aux mécanismes qui permettent de les rentabiliser.



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