À 87 ans, Georg Baselitz continue de surprendre. Le peintre allemand revient pour la cinquième fois à la galerie Thaddaeus Ropac de Pantin avec une exposition inédite, Ein Bein von Manet aus Paris, visible jusqu’au 26 juillet. Fidèle à son style singulier, l’artiste y présente des corps renversés, mais introduit cette fois un outil inattendu dans sa pratique : son fauteuil roulant.
Depuis plusieurs décennies, Georg Baselitz peint ses œuvres au sol, dans son atelier sur les rives du lac Ammer, en Bavière. Confronté au poids des années, il a récemment adapté ses méthodes. Après avoir utilisé son déambulateur comme instrument de création, il fait désormais rouler son fauteuil directement sur la toile. Résultat ? De longues lignes continues sillonnent ou enserrent les silhouettes peintes, leur conférant un aspect spectral et fragmenté.
Les toiles monumentales — certaines atteignent près de quatre mètres de haut — représentent toujours le couple formé par l’artiste et sa femme Elke, souvent renversé, parfois presque effacé. Les couleurs pâles et les fonds gris profonds renforcent cette impression de disparition progressive, soulignée par les traces laissées par les roues. Deux œuvres se distinguent néanmoins par un fond bleu ciel et un vert d’eau plus lumineux.
Outre la peinture, l’exposition marque aussi le retour de Baselitz à la sculpture, qu’il n’avait plus pratiquée depuis une décennie. À l’entrée de la galerie, une imposante figure noire en bronze accueille le visiteur : un corps totémique, sans visage, aux membres démultipliés, rappelant les premières sculptures exposées à Pantin en 2012.
Le parcours s’achève avec un ensemble de dessins à l’encre noire ou rouge, réalisés récemment. Plus bruts, plus spontanés, ces croquis révèlent un trait tremblant mais habité, dans la lignée de figures telles que Tracey Emin, que Baselitz admire ouvertement.
Loin d’un adieu ou d’un repli, Ein Bein von Manet aus Paris témoigne d’un artiste qui, malgré les limites physiques, refuse de ralentir. En intégrant son propre corps et ses outils de mobilité dans l’acte de création, Georg Baselitz signe une œuvre à la fois intime, radicale et intensément présente.
Galerie Thaddaeus Ropac – Paris Pantin – 69, avenue du Général Leclerc 93500 Pantin. t/ +33 (0)1 55 89 01 10. paris.pantin@ropac.net. Plus d’informations sur ropac.net





