Malgré une surtaxe de 330 millions d’euros qui égratigne son bénéfice net, Hermès franchit les 16 milliards d’euros de chiffre d’affaires et continue d’agrandir ses temples du luxe, de Rodeo Drive à New Bond Street.
Le sellier parisien a annoncé jeudi une hausse de 5,5% de son chiffre d’affaires, à plus de 16 milliards d’euros (8,9% à taux de change constant). Un cap symbolique franchi avec la nonchalance étudiée d’une maison qui préfère parler de « métiers » plutôt que de produits, et de « long terme » plutôt que de trimestre.
Seule ombre au tableau : une baisse de 1,72% du bénéfice net, à 4,5 milliards d’euros. En cause, une contribution exceptionnelle de 330 millions d’euros imposée aux grandes entreprises françaises pour redresser les finances publiques. Sans ce coup de rabot fiscal, le bénéfice aurait progressé de 5,5% par rapport à 2024, a tenu à préciser le gérant Axel Dumas.

Pour 2026, pas de boule de cristal.
On est revenu dans le monde où tous les deux ans il y a un pépin quelque part
observe-t-il.
Fini le grand embouteillage mondial du Covid, place à une géographie des secousses : une zone cale, une autre compense. « Une forme de normalité », résume-t-il, presque philosophe.
L’Amérique en pleine forme, Rodeo Drive trop étroite
Les États-Unis restent le moteur le plus ronronnant : +7,3% de croissance (+12,4% à taux de change constant). Hermès y a ouvert à Scottsdale et Nashville, rénové Mexico, et surtout mis la main – pour 400 millions de dollars selon le Wall Street Journal – sur un complexe de boutiques voisin de son flagship de Rodeo Drive.
Objectif ? Pousser les murs. Littéralement.
Nous n’avons pas besoin de plus de magasins, mais de magasins plus grands, plus beaux, mieux placés
insiste Axel Dumas.
En treize ans, le réseau est passé de 313 à 297 boutiques… pendant que le chiffre d’affaires était multiplié. Le message est clair : moins de points, plus de prestige.
À Londres, une « maison » ouvrira le 16 juin 2026 au 166 New Bond Street, dans un immeuble acquis il y a treize ans.
Nous voyons dans le long terme
rappelle le dirigeant.
À Rodeo Drive, le projet d’agrandissement pourrait attendre que les locataires actuels – Tom Ford, Moncler, Balenciaga – plient bagage.
Peut-être un projet pour la septième génération
glisse-t-il, mi-sérieux, mi-amusé.
Chine prudente, Japon épatant
En Asie hors Japon, les ventes progressent de 0,8% (5% hors change) à 6,7 milliards d’euros. Dans la « Grande Chine », Hermès n’aurait « jamais baissé », selon son gérant. Les clients aspirationnels se font plus discrets, digestion oblige de la crise immobilière, mais le quatrième trimestre a été solide. « Je pense que la Chine va revenir. »
Le Japon, lui, surprend par sa résilience. Axel Dumas salue le travail des équipes dans un climat d’affaires moins porteur. Comme souvent chez Hermès, la performance est attribuée à l’exécution plus qu’à la conjoncture.
Maroquinerie reine, parfum à la peine
Cœur battant du groupe, la maroquinerie-sellerie dépasse les 7 milliards d’euros (+9,5%), portée par la demande et l’augmentation des capacités de production. Le prêt-à-porter et les accessoires grimpent de 6% à 4,5 milliards. Les « autres métiers » franchissent les 2 milliards (+11%), tirés notamment par une bijouterie qui dépasse le milliard d’euros de ventes.
Les carrés de soie continuent de flotter (+5%), mais tout n’est pas couleur orange : le parfum et la beauté reculent de 8% à 489 millions d’euros, l’horlogerie cède 2% à 549 millions.
Prime en baisse, dividende en hausse
Hermès versera une prime de 3.000 euros à ses 26.500 collaborateurs en 2025, contre 4.500 euros l’an dernier. Les actionnaires, eux, devraient voir le dividende passer de 16 à 18 euros par action, sous réserve de l’assemblée générale du 17 avril.
Dans un monde où « il se passe toujours quelque chose quelque part », Hermès avance sans courir. Les crises passent, les murs s’écartent, et les sacs continuent de s’arracher. Même lesté d’une surtaxe, le groupe prouve qu’au royaume du luxe, la rareté reste la meilleure des assurances.




