« On en apprend plus sur quelqu’un qui joue à un jeu pendant une heure qu’en quatre ou cinq rendez-vous. » Ray Adler, vice-président des jeux chez Mattel, a balancé cette phrase comme une carte +4, juste avant que je m’installe à une table du tout premier UNO Social Club, ouvert au Palms Casino Resort de Las Vegas. Il avait raison.
Imaginez Love Island croisé avec une soirée jeux entre potes et une déco 100 % UNO sous stéroïdes : bowling, billard, lits superposés UNO, serviettes UNO, cocktails aux couleurs des cartes et même des néons qui te hurlent « Que la nuit arrive » comme si c’était un rituel païen de fin de soirée. Welcome to Vegas, baby.
Je me suis assis avec des inconnus (future amitié ou future trahison ?) pour jouer à UNO Show ’em No Mercy, une version sadique du jeu qu’on connaît. À un moment, j’étais à une carte de la victoire, j’ai crié « UNO » (en respectant les règles, bien sûr) et… BAM. Nouvelle règle : un autre joueur peut échanger ses cartes avec toi. Autant dire que j’ai vu mon avenir s’effondrer avec une petite carte rouge.
Mais ce n’était pas grave. Parce qu’au fond, j’étais là pour ressentir le frisson de la trahison, le plaisir du jeu, et ce petit sentiment chelou de “tiens, on s’est compris sans se parler”.
Le come-back de la vraie vie (oui, ça existe encore)
Après avoir passé deux ans à swiper des profils et à m’échapper des réunions Zoom, j’avais oublié ce que c’était que de juste jouer avec des gens. Sans but productif. Sans pression. Sans qu’on me dise « ce fichier est en lecture seule ».
Et je ne suis pas seul. Entre les clubs d’échecs qui popent partout, les soirées jeux qui remplacent les before, et les gens qui redécouvrent les joies d’un bon vieux Monopoly (en version moins destructrice, si possible), on sent un vrai virage. Les jeunes veulent du lien, mais en vrai. Pas sur un écran.
UNO, une machine à souvenirs
Si tu as grandi en lançant des +2 à ton cousin pendant les vacances, tu sais que UNO, c’est plus qu’un jeu. C’est une machine à remonter le temps. Et à Vegas, entre deux rigolades avec des gens que je ne reverrai sans doute jamais, j’ai eu une petite madeleine de Proust. Celle où t’as 10 ans, t’es ultra sérieux sur les règles, et tu balances ton paquet de cartes comme un drama queen quand tu perds.
Mais aujourd’hui, on rigole plus. On connecte plus. Et on s’en fout de perdre (bon, un peu quand même). Parce que ce qui compte, c’est que tu joues vraiment avec quelqu’un, pas juste contre lui.
Le fun est une forme de soin
Est-ce que le UNO va sauver la génération Z de la solitude ? Probablement pas tout seul. Mais rire, jouer, parler à des inconnus autour d’un jeu de cartes, c’est peut-être le début d’un truc.
Et entre nous, dans une époque où tout coûte un rein, où les bars sont trop bruyants, et où sortir devient une épreuve logistique, une soirée avec des cartes colorées et des fous rires, c’est une bouffée d’air. Et c’est pas moi (ni mon deck de cartes UNO à moitié pliées dans ma valise) qui vais dire le contraire.





