Rencontres, performances, expositions… À l’occasion de la prochaine Fashion Week de Paris, la Fondation Cartier pour l’art contemporain promet une pause salutaire entre deux défilés chronométrés. Direction la place du Palais-Royal, où la mode quitte les podiums pour s’installer au musée, le temps d’un cycle inaugural qui entend bien brouiller les pistes entre art et vêtement.
Il n’aura pas fallu longtemps pour que la mode pousse les portes d’un nouveau temple culturel. Star incontestée des musées depuis quelques saisons déjà, elle trouve aujourd’hui refuge à la Fondation Cartier, fraîchement installée dans son nouvel écrin imaginé par Jean Nouvel. Un lieu qui, hasard heureux ou clin d’œil de l’histoire, occupait autrefois un grand magasin de nouveautés – là même où frémissaient les premières idées du prêt-à-porter. Autant dire que les murs étaient déjà prêts à accueillir robes, souvenirs et fantômes de tissus.
Pour orchestrer cette première rencontre officielle entre art contemporain et mode, la Fondation a fait appel au séduisant Olivier Saillard. Historien, conservateur, performeur – et surtout infatigable agitateur du vêtement – il débarque avec son Musée vivant de la mode, un programme à tiroirs mêlant exposition, installations, performances, conférences et rencontres. Le tout calé sur le rythme effréné de la Fashion Week féminine de mars, et prolongé jusqu’à la fin du mois, histoire de laisser respirer les étoffes.
Un musée qui respire (encore)
Avec ce Musée vivant, Saillard interroge la mode au moment précis où elle cesse de bouger : quand le vêtement, porté, vécu, abandonné, devient patrimoine. Pour cela, il s’entoure de corps bien réels. Les 6 et 7 mars, plusieurs modèles se prêteront à des performances simultanées, rappelant que la mode n’existe jamais mieux que lorsqu’elle marche, se froisse ou fatigue un peu.
Les 13 et 14 mars, changement de décor et retour vers une collection restée célèbre pour avoir fait grincer bien des dents : celle d’Yves Saint Laurent en 1971. Paloma Picasso, muse de l’époque, ravivera le souvenir de ce défilé scandaleux qui avait osé convoquer l’esthétique de la Seconde Guerre mondiale. Une mémoire sensible, remise en mouvement par un nouveau défilé, entre hommage et résurgence.

Enfin, les 20 et 21 mars, place au silence – ou presque. Avec Mannequins du Silence, Olivier Saillard retrouve sa complice de longue date, Tilda Swinton, pour un habillage performé où le vêtement parle sans dire un mot. Un triptyque complété par deux expositions : l’une au cœur de la Fondation, l’autre à la Galerie Valois, à quelques pas de là, comme un prolongement discret dans la ville.
Premier pas de la Fondation Cartier sur le terrain de la mode, ce cycle pourrait bien être un coup d’essai qui se transforme en coup de maître. Preuve, s’il en fallait encore une, que la mode n’a pas fini de faire sa place… même quand elle enlève ses chaussures.
Olivier Saillard, Le Musée vivant de la mode – Fondation Cartier pour l’art contemporain, du 6 au 21 mars. Expositions jusqu’en mai à la Galerie Valois. Plus de renseignements sur





