Dès 2026, un nouveau Brevet national des métiers d’art (BNMA) formera en trois ans la relève des artisans pour répondre à une pénurie de main-d’œuvre devenue critique.
On les croyait éternels, comme les armoires normandes et les montres transmises de génération en génération. Pourtant, les métiers d’art français ont un problème très contemporain : ils manquent de jeunes. Beaucoup. Trop. Alors, samedi dernier, le ministère de l’Éducation nationale a dégainé une réponse qui fleure bon le bois ciré et la stratégie industrielle : la création du Brevet national des métiers d’art (BNMA pour les intimes).
Dès la rentrée 2026, ce nouveau diplôme sera accessible aux élèves sortant de 3e qui préfèrent l’odeur du cuir à celle du feutre effaçable. L’idée est simple : proposer un cursus en trois ans, structuré, reconnu, et ouvrant les portes de l’enseignement supérieur, au même titre qu’un baccalauréat. Autrement dit, choisir l’ébénisterie ne sera plus perçu comme un détour, mais comme une voie royale. En bois massif, certes, mais royale quand même.

Car derrière les vitrines impeccables des grandes Maisons de luxe se cache une réalité plus fragile. Le secteur compte environ 60.000 entreprises et 281 métiers recensés. Un patrimoine vivant, mais vieillissant. Les départs à la retraite s’enchaînent, les carnets de commandes débordent, et les ateliers cherchent désespérément des mains formées. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée n’est plus une inquiétude théorique : elle ralentit déjà la production.
Le BNMA arrive donc comme un pont jeté vers l’avenir. Ébénisterie, bijouterie, maroquinerie, horlogerie : quatre spécialités ouvriront cette année. Des métiers d’excellence, exigeants, minutieux, où l’on apprend que la patience est un outil aussi important que le tour ou la lime. Le nouveau diplôme viendra compléter le parcours existant, jusque-là articulé autour d’un CAP suivi de deux années supplémentaires. Deux chemins désormais, pour un même objectif : faire naître des artisans capables de rivaliser avec les meilleurs.

Mais attention, pas question de transformer les ateliers en musées. Le ministère insiste sur la modernisation de la filière, avec un vaste chantier engagé pour actualiser les 60 spécialités de CAP. Technologies numériques, transition écologique, nouveaux matériaux : le geste ancestral devra composer avec son époque. On ne sauve pas un savoir-faire en le figeant sous cloche.
Le BNMA pourra être préparé en formation scolaire, en apprentissage ou en formation continue. Ce détail ouvre la porte aux reconversions, à ces cadres fatigués des open spaces qui rêvent de silence ponctué par le bruit d’un rabot. À l’heure où beaucoup cherchent du sens, l’artisanat d’art retrouve une aura inattendue.
Reste une question, presque philosophique : comment convaincre une génération biberonnée aux écrans que l’avenir peut aussi se construire avec ses mains ? Peut-être en rappelant que, dans un monde saturé de produits standardisés, le luxe ultime est devenu le temps passé à bien faire. Et que derrière chaque objet d’exception, il y a quelqu’un qui a appris, patiemment, à dompter la matière.




