Oublier le Louvre ou le Prado. L’été appartient aux musées étranges. Niché dans les bâtiments paisibles de l’université de Turin, le Museo della Frutta défie l’imaginaire muséal traditionnel avec une proposition aussi sérieuse qu’incongrue : exposer des fruits… faux.
Pas de paniers juteux ni d’arômes sucrés ici. Les pommes, poires, abricots et raisins ont tous en commun d’être parfaitement inertes. Conservés derrière des vitrines à l’ancienne, noires et un brin funèbres, ces 1 200 spécimens artificiels forment la plus grande collection pomologique au monde. C’est-à-dire, pour les non-initiés, la plus vaste galerie dédiée à l’étude scientifique des fruits.
L’auteur de ce banquet immobile se nomme Francesco Garnier Valletti (1808–1889), un modeleur de cire turinois dont l’obsession pour la précision frise le pathologique. Scientifique, artiste, inventeur, il passa sa vie à recréer les fruits qu’il ne mangeait probablement plus depuis longtemps.
Selon la légende – ou l’histoire avec un soupçon d’hallucination romantique – Valletti aurait rêvé en 1858 d’une nouvelle méthode de fabrication. Finies les coquilles de cire ou le papier mâché. Place à un mélange révolutionnaire de résine, de cire et de plâtre, malléable à chaud et quasi indestructible une fois refroidi. À cela, il ajouta une maîtrise redoutable des pigments et des vernis. Résultat : des répliques si convaincantes qu’elles pourraient tromper une main distraite.
Une collection qui a résisté aux siècles (et aux insectes)
Entre 1927 et 1935, la collection a été rachetée par la station royale de chimie agricole, enrichie, puis confiée à l’Istituto Sperimentale per la Nutrizione delle Piante de Rome. Elle a été restaurée et rendue visible au public en 2007, dans un musée qui semble à mi-chemin entre une salle de sciences naturelles et un décor de roman fantastique.
Mais le Museo della Frutta ne se limite pas à la contemplation passive de prunes en résine. Il interroge, subtilement, la question de la biodiversité, de la conservation, et du lien étrange qu’entretient l’humanité avec ce qu’elle ne peut ni maîtriser ni arrêter : la décomposition du vivant. Ici, les fruits ne pourrissent pas. Ils survivent à tout. Même au temps.
Une trilogie muséale étonnante
Et comme si l’expérience n’était pas déjà assez décalée, le musée partage les couloirs de l’université avec deux voisins tout aussi singuliers : le musée d’anatomie humaine (et ses bocaux à contenu discutable), et le musée d’anthropologie criminelle, un temple discret de l’étrangeté scientifique.
Alors oui, Turin possède un musée du fruit en plâtre. Et non, ce n’est pas une blague. C’est même, sans ironie, l’un des musées les plus réjouissants d’Italie.
📍 Museo della Frutta, Via Pietro Giuria, 15, 10126 Turin (Italia). t/ 011 – 6708195. info-museodellafrutta@comune.torino.it Plus de renseignements sur museodellafrutta.it





