Finaliste du Prix LVMH 2025, Steve O Smith dessine ses vêtements comme on gribouille un rêve. Et ce n’est pas juste une métaphore.
À première vue, le jeune britannique a l’air d’un créateur comme les autres : diplômé de Central Saint Martins (la Harvard des fashion freaks), silhouette élancée, regard intense, discours réfléchi. Mais à bien y regarder — ou plutôt à bien feuilleter ses collections — un détail saute aux yeux : tout chez lui ressemble à un dessin. Et c’est voulu.
Car avant d’être un designer, Steve O Smith est un obsédé du croquis. Du genre à avoir grandi un crayon greffé à la main, et à ne jamais le lâcher. Chez lui, chaque robe commence par un trait, chaque costume par un gribouillis, chaque couture par une idée griffonnée en vitesse sur un coin de carnet. Résultat ? Des vêtements qui ressemblent à des esquisses 3D. Sketch-wear, en quelque sorte.
J’ai toujours vu le tissu comme une extension du papier
explique-t-il.
On se demande même s’il n’est pas secrètement le petit-neveu de René Gruau.






La mode comme performance artistique
Dans ses créations, pas de fluo ni de strass. Plutôt des organzas transparents, du tulle léger comme une feuille, et des teintes sobres : noir, beige, blanc cassé. On dirait des pages de carnet de croquis arrachées et mises en mouvement. Ça flotte, ça tourbillonne, ça raconte des choses. Le tout, taillé à la main, sans obsession du « parfait ». Parce que Steve O Smith aime aussi l’erreur : celle du geste trop appuyé, de la couture un peu de travers, du tracé raté qui devient sublime.
Et c’est précisément ça qui rend sa mode aussi organique. C’est vivant. Parfois même un peu bizarre. Et c’est tant mieux.

Entre une orgie de marins et une robe de princesse jaune
Côté influences ? Il cite ses grands-mères et des peintres queer new-yorkais. Oui, tout à fait. Son premier souvenir mode : une robe jaune cousue par sa mamie, dont il était « obsédé ». Plus tard, il tombe sur un dessin à l’encre sépia de Pavel Tchelitchev représentant une orgie de marins, et c’est la révélation. Entre-temps, il explore les archives de Paul Cadmus et de René Gruau. Ça donne des collections pleines de silhouettes corsetées, de structures complexes et de références arty, historiques — mais toujours sensibles.
On pourrait appeler ça de la couture narrative, ou bien de la mode-symbole, mais lui, il préfère ne pas mettre d’étiquette. Et on le comprend : ses vêtements sont à mi-chemin entre le costume de théâtre et l’illustration psychédélique.
Un outsider très sérieusement dans la course
Et maintenant ? Le 3 septembre prochain, il fait face à sept autres finalistes pour décrocher le Prix LVMH 2025 — cette sorte de Prix Goncourt pour créateurs qui peut faire basculer une carrière en une soirée. Même s’il reste discret sur ses ambitions, Steve O Smith arrive avec une signature claire, presque manifeste : celle d’un styliste qui ne cherche pas la perfection mais la vibration.
Plus de renseignements sursteve-o-smith.com





