Il est mort à Rome, évidemment. Valentino Garavani ne pouvait pas s’en aller ailleurs. À 93 ans, le couturier du Gotha, empereur du chic et grand ordonnateur de la beauté flatteuse, a quitté la scène le 19 janvier, laissant derrière lui un monde un peu moins bien habillé.
Valentino n’aimait pas le hasard. Il aimait les entrées, les sorties, les lumières bien réglées et les femmes magnifiées. Pendant plus de quarante ans, il a habillé celles qui incarnaient le pouvoir, la gloire ou le fantasme : Jackie Kennedy, Sophia Loren, Farah Pahlavi, Elizabeth Taylor… Puis, quand Hollywood changea de visage, Sharon Stone, Nicole Kidman, Gwyneth Paltrow, Kim Kardashian. Les époques passaient, Valentino restait.
Il n’a jamais voulu être un créateur conceptuel. Il voulait être admiré. Il voulait que ses robes marchent avant les femmes, qu’elles annoncent leur arrivée, qu’elles fassent taire une salle. Et il y est parvenu avec une constance presque provocante.

Un homme qui savait vivre (et le faisait savoir)
Valentino ne se contentait pas de créer du luxe : il l’incarnait. Villas, palais, appartements, chalets, châteaux. Rome, Londres, New York, Gstaad, Wideville. Une géographie du privilège, assumée jusqu’à l’excès. Il vivait comme ses clientes : entouré d’art, de fleurs fraîches, de personnel discret et d’un sens aigu de la mise en scène.
Il donnait des fêtes quand le monde prônait la sobriété. Des dîners fastueux quand la mode parlait de minimalisme.
J’embellis tout ce que je touche
disait-il.
Chez lui, ce n’était pas une formule : c’était un programme.

Apprendre chez les dieux pour devenir un classique
Né à Voghera en 1932, Valentino part à Paris à 17 ans. Il apprend chez Balenciaga, Jean Dessès, Guy Laroche. Il observe, il absorbe, il comprend. La couture n’est pas une improvisation, c’est une architecture.
De retour à Rome à la fin des années 1950, il tombe pile au bon moment. Cinecittà transforme la ville en capitale mondiale du cinéma. Les actrices veulent des robes spectaculaires. Valentino sait les faire. Le soir, il devient incontournable.

Giancarlo, le stratège invisible
Sans Giancarlo Giammetti, Valentino serait resté un grand couturier. Avec lui, il devient une institution. Associé, compagnon, architecte de l’empire, Giancarlo Giammetti transforme la vision en machine parfaitement huilée. Ensemble, ils inventent une maison où le glamour n’est jamais laissé au hasard.
Leur duo incarne une époque où la mode se pensait encore comme une dynastie.

Le rouge comme manifeste
Il y a eu les volants, les broderies, les mousselines, les zibelines. Et puis il y a eu le rouge. Ce rouge Valentino, né d’un choc esthétique adolescent à l’Opéra de Barcelone, devenu une signature mondiale. Une couleur qui ne cherche pas la subtilité mais la mémoire.
Sur les tapis rouges, ce rouge brûlait. Il n’accompagnait pas les stars : il les dominait. Valentino ne faisait pas des robes pour passer inaperçues. Il faisait des robes pour entrer dans l’histoire des images.

Un classique dans un monde pressé
Valentino n’a jamais cherché à être moderne. Il a préféré être intemporel. Il croyait à l’éducation, à la discipline, au bon goût appris. Il se méfiait de la désinvolture élevée au rang de style.
Le comble de l’inélégance, c’est la mauvaise éducation
répétait-il, regardant une époque qui confond souvent négligence et audace.
En 2008, il quitte la scène. Il a 75 ans, un empire vendu pour 300 millions de dollars, un prénom devenu adjectif. Il se retire dans ses maisons, ses souvenirs, ses collections.
Valentino disparaît, mais son monde, lui, refuse encore de disparaître. Il persiste dans une robe rouge, une entrée remarquée, une élégance qui n’a jamais demandé la permission. Paix à son âme.





