Philippine Namy préfère les lignes bien coupées, les souvenirs de famille et la pluie écossaise comme matière à création. À seulement 26 ans, cette nouvelle venue dans le paysage mode a déjà trouvé sa voix : feutrée, précise, ancrée dans le réel, mais portée par une forme de poésie textile. Sa marque, Nami, lancée en mars 2024, n’est ni bruyante ni tapageuse. Elle avance à pas mesurés – mais résolus – dans les rayons du Bon Marché et les pages des magazines spécialisés.
Ce n’est pas une success story construite à coups de défilés clinquants ou d’influenceurs alignés en rang d’oignons. Nami est née d’un désir presque domestique : celui de créer une robe, en cachemire, avec une capuche intégrée. Le genre de pièce qu’on rêve d’enfiler sans réfléchir, mais qu’on garde toute sa vie. Ce geste inaugural, aussi simple qu’intime, s’est mué en collection. Puis en trois autres. La dernière, automne-hiver 2025, s’inscrit dans le calendrier officiel. Une preuve que la jeune maison s’installe dans le paysage avec une régularité calculée, loin de l’improvisation.
Avant de se lancer dans la création textile, Philippine Namy a longuement exploré le versant visuel de la mode. Formée à l’Institut Marangoni à Londres, puis à l’IFM à Paris, elle a affûté son regard chez Petronio Associates, le studio d’image derrière de nombreuses campagnes de luxe, avant de rejoindre Isabel Marant. Une immersion dans l’esthétique, l’allure, les récits visuels. Et c’est justement ce besoin de raconter, avec les mains et la matière cette fois, qui l’a poussée à franchir le pas.


Une Écosse réinventée
Dans l’univers de Nami, tout commence avec l’Écosse. Pas celle des brochures touristiques, mais celle du placard familial, où s’entassent les vestes oubliées, les chemises d’un autre temps, et les souvenirs pris dans les mailles du tweed. C’est là, dans une maison qui regarde la mer, que la créatrice a puisé ses premières idées. La chemise de grand-père ? Elle en a gardé la coupe, modifié le col, recomposé les lignes. À la nostalgie, elle préfère la traduction contemporaine.
Chaque collection prend appui sur un thème inspiré de ce territoire personnel. Il y a eu les incontournables : tartan, imper, maille. Puis le golf, avec un vestiaire entièrement repensé : polos ajustés, tuniques inspirées des liquettes masculines, pantalons à pinces conçus pour tenir les tees. Et désormais, les phares et leurs gardiens, sentinelles solitaires face aux éléments. Derrière chaque pièce, un fragment d’histoire, une géographie émotionnelle.


Tactilité d’abord
Chez Nami, pas de logos criards, pas de slogans brodés. Le vêtement parle par lui-même, ou plutôt par ce qu’il offre au toucher. Cachemire, laine italienne, crêpe, soie, flanelle : la matière est reine. Les pièces sont fabriquées en Europe ou au Népal, dans des ateliers à taille humaine, souvent dirigés par des femmes – une volonté affirmée par la créatrice.
Les imperméables, eux, sont produits en Écosse, dans une usine reprise par une entrepreneure qui a su faire revivre le savoir-faire Mackintosh. À Paris, les chemises et pantalons naissent dans des stocks dormants, souvent issus des réserves du groupe LVMH. Rien ne se perd, tout se transforme, et surtout, tout dure. L’idée n’est pas de répondre à une tendance, mais de proposer un vestiaire de longue haleine. Des vêtements qu’on n’a pas envie de quitter, ni d’abandonner.
Nami, mode lente et émotionnelle
Derrière son apparente discrétion, Philippine Namy construit une marque qui repose sur des fondations solides : qualité, sincérité, ancrage. Nami n’a pas vocation à séduire tout le monde. Mais elle touche juste. Elle s’adresse à celles et ceux qui cherchent du sens dans la coupe d’un pantalon, une mémoire dans la texture d’un tissu, ou une silhouette dans le contre-jour écossais.
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