Samedi, la Fashion Week de Milan a ressemblé à une pièce en trois actes. Première scène : un atelier de cuir transformé en laboratoire futuriste par Louise Trotter chez Bottega Veneta. Deuxième scène : une chambre à coucher un peu trop fréquentée signée Dolce & Gabbana, avec en guest-star Miranda Priestly elle-même. Troisième scène : un open space très chic chez Ferrari, où la mode s’est garée à côté de trois bolides rutilants.
Il y a des jours où la Fashion Week cesse d’être une suite de défilés pour devenir un roman. Samedi dernier, Milan a offert trois chapitres singuliers :
Acte I — L’atelier du cuir version Trotter


Louise Trotter n’est pas venue jouer petit bras pour sa première chez Bottega Veneta. Elle a pris le mot « bottega » au pied de la lettre : des trenchs ultralégers, des capes souples, des manteaux monumentaux, et partout cet intreccio — le cuir tressé maison — décliné à l’infini, jusqu’à l’invitation transformée en sac bourse.
C’est cinématographique, avec des manteaux aux épaules dignes d’un roman gothique et des robes en verre recyclé qui frémissent comme des champs de blé. Bref, de la haute couture déguisée en artisanat. Et une entrée fracassante pour la créatrice britannique, qui prouve qu’elle peut transformer une maison discrète en machine à créer des moments de grâce.
Acte II — Quand Miranda s’habille en Dolce


On aurait pu croire à une hallucination collective : Meryl Streep, lunettes blanches et manteau léopard, débarquant avec Stanley Tucci au défilé Dolce&Gabbana. Pas en tant qu’actrice, non : en tant que Miranda Priestly, la rédactrice en chef du « Diable s’habille en Prada », venue s’asseoir pile en face d’Anna Wintour. On ne pouvait pas inventer meilleure mise en abyme.
Sur la bande-son de Patty Pravo, Domenico et Stefano ont lâché leurs mannequins en pyjamas de satin couverts de strass, en soutiens-gorge scintillants et en lingerie noire façon veuves siciliennes prêtes pour un rendez-vous galant douteux. Une ambiance « boudoir avec talons aiguilles », où la séduction s’affiche sans filtre. Plus cabaret que confessionnal — et pile dans l’air du temps.
Acte III — Ferrari gare sa mode au bureau

Chez Ferrari, on troque les combinaisons de pilote pour des uniformes de bureau. Rocco Iannone a présenté une collection baptisée « Officina » (l’atelier, encore), mais ici l’atelier ressemble surtout à une salle de réunion minimaliste. Des blazers nets, des robes-manteaux blancs, des colonnes en jersey drapé : sérieux, fonctionnels, mais taillés pour briller entre deux meetings.
Puis sont arrivés les cuirs souples, les denims acides, les sacs Dino et même des bijoux cadenas. Et, pour que personne n’oublie de qui on parle, trois Ferrari stationnées à l’extérieur — comme si l’élégance devait toujours garder son moteur allumé.





