En 1936, pendant que la France découvrait les congés payés et que le Front populaire réorganisait le quotidien, Sancerre signait un décret autrement plus durable : son entrée dans le cercle très fermé des Appellations d’Origine Contrôlée. Noir sur blanc, l’acte fondateur reconnaissait déjà ce que le vignoble savait instinctivement : ici, le Sauvignon blanc ne fait pas semblant. Il parle terroir couramment.
Vingt-trois ans plus tard, en 1959, les rouges et rosés de Pinot noir viendront compléter le tableau. Une reconnaissance officielle, certes, mais surtout la confirmation d’une identité assumée.
Quatre-vingt-dix ans après, ces quelques lignes administratives ont pris des allures de manifeste. Sancerre est devenu une référence mondiale, souvent copiée, jamais égalée – surtout parce que personne n’a réussi à importer sa géologie.

Une signature écrite dans la pierre
À Sancerre, tout commence sous les pieds. Trois grands terroirs structurent le vignoble : les caillottes, calcaires oxfordiens nerveux ; les terres blanches, marnes kimmeridgiennes au souffle ample ; et les silex, formations argilo-siliceuses de l’Éocène, aussi emblématiques que redoutables pour les chaussures neuves.
Une trilogie bien connue, enseignée, commentée. Mais ce serait trop simple de s’arrêter là. Car le Sancerrois est le résultat d’un accident – au sens géologique du terme. Une grande faille traverse le territoire, bousculant reliefs, couches de sols et trajectoire de la Loire. Résultat : une mosaïque où les terroirs se succèdent parfois à quelques mètres près, se superposent, se contredisent. Un puzzle grandeur nature, impossible à reconstituer ailleurs.
Les vignerons ont appris à composer avec cette complexité. Mieux : ils l’ont sublimée. À la manière d’un kintsugi, cet art japonais qui répare les fractures à l’or, ils ont transformé cette cicatrice géologique en une palette d’expressions d’une rare richesse. Ici, la faille est une chance.
Deux cépages, pas un de trop
Si le Sauvignon blanc est devenu l’ambassadeur officiel de Sancerre – aromatique ciselée, tension lumineuse, précision chirurgicale – le Pinot noir n’a jamais quitté la scène. Avant le phylloxéra, il occupait même le premier rôle. La reconstruction du vignoble, à la fin du XIXᵉ siècle, a scellé leur destin commun : deux cépages capables d’exprimer la profondeur des terroirs, dans les trois couleurs. Blanc, rouge, rosé. Sobre, efficace.
Un vignoble qui se mérite (et se parcourt)
Adossé à des coteaux escarpés, le vignoble de Sancerre offre l’un des panoramas les plus spectaculaires de la vallée de la Loire. Le piton sancerrois, élu Village préféré des Français en 2021, labellisé Plus Beaux Villages de France et Petite Cité de Caractère, fascine depuis le XIXᵉ siècle. Carte postale avant l’heure, il attirait déjà un tourisme pittoresque, bien avant l’invention du mot « œnotourisme ».

1936–2026 : l’âge mûr, sans crise
Reconnue le 14 novembre 1936, Sancerre figure parmi les toutes premières AOC françaises. Mais son histoire remonte bien avant les décrets : au Moyen Âge déjà, ses vins s’invitaient à la table des rois. Et lorsque le phylloxéra frappe, le vignoble transforme l’épreuve en opportunité : sélection des cépages, précision des plantations, ambition collective. Sur près de 3 000 hectares, Sancerre forge un nom devenu synonyme d’excellence.
Une année pour marquer le temps
En 2026, l’appellation célèbre ses 90 ans avec un programme événementiel inédit. Point d’orgue : « Sancerre, l’empreinte du temps », grande soirée dégustation réservée aux professionnels, le 27 avril 2026 à Paris. Près de 90 domaines réunis pour un voyage en trois temps – passé, présent, futur – à travers millésimes, magnums, terroirs, lieux-dits et rosés trop souvent discrets.
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