À la Fortezza da Basso, l’hiver ne se contente pas de grelotter : il avance, il pulse, il pense. Baptisée « Motion », la nouvelle édition de Pitti Uomo transforme la citadelle florentine en laboratoire de vitesse contrôlée, où 750 marques – dont 47 % internationales – exposent une vision du vestiaire masculin en perpétuel déplacement.
Dès l’entrée, le décor donne le ton. L’architecte français Marc Leschelier installe un paysage minéral et conceptuel avec « Ancient/New Site » : 18 monolithes monumentaux, surgis sur 1 700 m², comme un Stonehenge futuriste échoué au cœur de la place centrale. Le message est clair : ici, le passé dialogue avec le présent, et le présent ne craint pas l’échelle XXL.
Parmi les nouveautés les plus scrutées, HiBeauty fait une entrée remarquée. Ce nouvel espace, dédié à la parfumerie de recherche, s’appuie sur l’expertise de Pitti Fragranze pour introduire, dans Futuro Maschile, dix marques indépendantes. Une respiration olfactive dans un univers textile, preuve que le vestiaire masculin s’écrit désormais aussi par le nez. Autre virage stratégique : le partenariat entre Pitti Immagine et Hyperscout, qui injecte de l’intelligence artificielle dans l’écosystème du salon via des outils de matchmaking et de profilage. L’humain reste au centre, mais l’algorithme commence à lui souffler à l’oreille.

Le casting, lui, s’étoffe. 43 nouveaux noms et retours rejoignent la partition, de Save the Duck à Snow Peak, de Bogner à Inis Meáin Ireland, dessinant un panorama où l’outdoor, le tailoring et l’expérimentation cohabitent sans friction. Moment attendu : le designer Gabriel Stunz, passé par les podiums parisiens, présente à Florence son label fondé en 2011, avec une collection inspirée de Manon Lescaut. Chez WP Lavori in corso, la nouveauté est féminine avec le lancement de Baracuta Donna, tandis que Roy Roger’s et Kappa fusionnent denim et haute technicité dans un ensemble de ski hybride. Le sport n’est plus un genre, mais un langage transversal.
La Fortezza accueille aussi des stratégies de relance et des déclarations d’intention. Schneiders Salzburg, institution autrichienne du loden, entame ici un nouveau chapitre international sous l’impulsion de Giovanni Schneider. Asics, de son côté, détourne le classicisme avec Asics Walking, une chaussure qui cache sous son allure sage une semelle hautement technique. Marcher, oui, mais avec précision.
L’international s’exprime surtout à travers les créateurs invités. Le Japonais Soshi Otsuki orchestre un défilé-événement où le style nippon épouse le Made in Italy. Hed Mayner, fidèle à son approche architecturale, poursuit sa déconstruction méthodique du vestiaire masculin. Et Shinyakozuka, figure montante basée à Tokyo, s’impose comme tête d’affiche d’un défilé spécial en collaboration avec la Japan Fashion Week Organization, avec des pièces peintes ou finies à la main, comme autant de manifestes portables.
L’Extrême-Orient rayonne également à travers Consinee, géant chinois du cachemire, qui présente l’installation « Echoes of Craft », curatée par Sara Sozzani Maino avec le designer Galib Gassanoff. Le Japon institutionnel n’est pas en reste : J∞Quality, Japan Leather Showroom, et le projet Sebiro Sampo confirment la vitalité et la rigueur de l’écosystème nippon. À leurs côtés, CODE Korea revient pour une deuxième édition, tandis que le Nord s’invite avec Scandinavian Manifesto, orchestré par CIFF.

En toile de fond, Milan se prépare à prendre le relais. Avec une journée de chevauchement, la Fashion Week Homme ouvre la saison le 16 janvier avec 76 rendez-vous, mêlant défilés physiques, numériques, présentations et événements. Les retours de Zegna et Dsquared2, les entrées de Ralph Lauren, Victor Hart ou Domenico Orefice, et la présence continue des grands noms italiens – de Prada à Brunello Cucinelli, d’Armani à Brioni – dessinent un calendrier dense, presque vertigineux.
Les anniversaires rythment aussi la semaine : Blauer fête ses 25 ans, Pronounce ses 10 ans, tandis que EA7 Emporio Armani célèbre déjà les Jeux de Milan-Cortina 2026. La communication officielle, signée Alessandro Burzigotti, transforme la ville en décor narratif, mettant en lumière une nouvelle génération de labels et les lieux emblématiques de Milan.
Enfin, comme un rappel nécessaire, la Fondation Sozzani redeviendra le cœur battant de la CNMI pour soutenir les créateurs émergents. Défilés, présentations, prises de parole : ici, la mode ne court pas après le mouvement, elle le fabrique.





