Il y avait quelque chose de mythologique dans l’air feutré du Genesis House, vendredi soir. Peut-être une vibration cosmique, peut-être simplement l’écho d’un œuf sur le point d’éclore. Au cœur de Manhattan, Terrence Zhou, fondateur de la marque délicieusement irrévérencieuse Bad Binch TongTong, a remporté la troisième édition de la bourse AAPI Design + Innovation, comme l’ont annoncé Genesis et le CFDA (Council of Fashion Designers of America).
Aux côtés des créatrices Allina Liu et Kim Shui, également finalistes, le designer a dévoilé une collection en trois pièces qui explore l’identité culturelle à travers un prisme contemporain. Le décor ? Un gala privé, calibré mais chaleureux, où la mode dialoguait avec le mythe.
La ligne primée se présente comme un manifeste en trois actes. Zhou y conçoit l’innovation non pas comme une rupture tapageuse, mais comme un état d’incubation – un moment suspendu où tradition et modernité cohabitent, se frôlent, puis fusionnent. Son point de départ : le mythe chinois de Pan Gu et l’image de l’œuf cosmique, matrice originelle d’où émergent le ciel et la terre. Chez Zhou, la coquille devient vêtement, protection, passage. Une armure douce. Une frontière poreuse entre héritage et futur.

Je suis profondément honoré d’avoir été sélectionné en tant que lauréat de la bourse CFDA | Genesis House AAPI Design + Innovation
a déclaré le créateur. Avant d’ajouter, dans une profession de foi qui résume son approche :
Je suis conforté dans ma conviction : l’innovation ne consiste pas à remplacer la tradition, mais à la faire évoluer vers l’avenir en utilisant le design pour imaginer de nouveaux futurs.
Derrière la poésie, un dispositif solide. Pendant cinq mois, les finalistes ont bénéficié d’un programme d’accompagnement mêlant mode, technologie et stratégie d’entreprise, ainsi qu’un financement initial de 40.000 dollars chacun offert par Genesis. Une immersion culturelle à Séoul, en Corée du Sud, est venue enrichir leur processus créatif – preuve que l’innovation, parfois, commence par un billet d’avion.
En décrochant la première place, Terrence Zhou s’est vu attribuer 60.000 dollars supplémentaires pour développer son entreprise, portant le montant total de sa bourse à 100.000 dollars. Une somme qui, à défaut de créer un monde, pourrait bien en façonner un nouveau vestiaire.
Les collections des trois finalistes resteront exposées au Genesis House jusqu’au 22 février prochain. L’occasion d’aller contempler, de près, comment un mythe millénaire peut encore faire éclore des silhouettes du futur.




