Chaque année, la Fête des Pères provoque le même phénomène. Une ruée vers les cadeaux aussi prévisibles qu’un bulletin météo annonçant de la pluie en novembre. Et puis il y a les cadeaux qui racontent une histoire, signée Pierre Hermé.
Cette année, l’une des plus inattendues est née de la rencontre entre deux artisans que tout semblait opposer. D’un côté, Pierre Hermé, figure mondiale de la pâtisserie contemporaine. De l’autre, Michel Bassompierre, maître incontesté de la sculpture animalière, dont les ours de bronze ont conquis places publiques, musées et collectionneurs aux quatre coins du monde.
Le premier façonne des émotions éphémères. Le second créait des œuvres destinées à traverser les décennies. Entre eux, pourtant, une même obsession : la matière. Car avant d’être un dessert ou une sculpture, toute création commence par une résistance. Le chocolat doit être maîtrisé. Le bronze doit être dompté. Dans les deux cas, le geste compte autant que le résultat.

C’est de ce dialogue qu’est née une étonnante métamorphose.
Michel Bassompierre a imaginé pour Pierre Hermé une silhouette d’ourson aux lignes rondes et simples, fidèle à son style reconnaissable. Une forme douce, presque méditative, où chaque courbe semble avoir été débarrassée du superflu. Puis Pierre Hermé a fait ce qu’il sait faire de mieux : rendre l’émotion comestible. Et l’ourson est devenu guimauve. Une phrase qui paraît absurde lorsqu’on la lit rapidement, mais qui prend tout son sens lorsqu’on découvre la création.
Sous une coque de chocolat se cache une architecture gourmande sophistiquée. Trois interprétations ont été imaginées : Arya Pistache & Fleur d’Oranger, Infiniment Praliné Noisette et Vanille & Caramel. Trois personnalités. Trois caractères. Trois excellentes raisons de prétendre qu’on les offre alors qu’on compte secrètement en garder au moins un pour soi.
La réussite de cette collection tient précisément à son équilibre. Elle n’emprunte ni le chemin de l’objet marketing ni celui de la simple gourmandise décorative. Elle réussit à préserver quelque chose de l’esprit de Michel Bassompierre. Cette recherche constante de douceur et d’évidence.

L’artiste, disparu le 21 avril dernier à l’âge de 78 ans, laisse une œuvre considérable. Formé aux Beaux-Arts de Rouen, il avait développé un langage sculptural unique, centré sur la puissance tranquille du monde animal. Ours, éléphants, gorilles ou chevaux devenaient sous ses mains des présences silencieuses, massives et pourtant étonnamment tendres. Ses sculptures n’imposaient jamais leur force. Elles invitaient simplement à ralentir.
Cette collaboration prend aujourd’hui des allures d’hommage involontaire. Comme si l’un de ses célèbres ours avait quitté son socle pour poursuivre sa route dans un autre univers, celui du goût.
Pour Pierre Hermé, dont la carrière a révolutionné les codes de la pâtisserie contemporaine, l’exercice était finalement assez naturel. Depuis toujours, ses créations reposent sur une même conviction : le plaisir est une affaire de précision.
Le résultat est probant. Un petit ourson qui concentre à lui seul l’univers de deux créateurs.
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