Julie Kegels a déjà pris de l’avance. En trois collections, une apparition remarquée au calendrier officiel de la Fashion Week de Paris, quelques célébrités internationales habillées de ses créations et une place en finale du Prix LVMH 2026, la créatrice belge semble avoir décidé de brûler les étapes. Sans demander la permission.
Formée à la prestigieuse Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers puis passée par les ateliers d’Alaïa, Julie Kegels n’a jamais vraiment envisagé un autre destin que celui de la mode. Petite, là où d’autres collectionnaient les bandes dessinées, elle dévorait les magazines spécialisés et dessinait des silhouettes jusqu’à en oublier l’heure du dîner. Une obsession devenue métier.
Lancée officiellement en 2024, sa marque repose sur une idée simple : les vêtements ne sont pas là pour enfermer les femmes dans un personnage, mais pour leur permettre d’en changer quand bon leur semble. Business woman le matin, reine de la fête le soir ? Pourquoi choisir quand une même tenue peut raconter plusieurs histoires ?
Son univers joue avec les apparences, les constructions inattendues et les vêtements transformables. Chez Julie Kegels, les tissus se plient, se déplacent, se réinventent. Le vestiaire devient presque un terrain de jeu où chaque pièce cache un second visage, comme si les vêtements avaient eux aussi une double personnalité.
Cette approche n’a pas tardé à séduire le milieu. En septembre 2025, la créatrice ouvre carrément la Fashion Week parisienne. Un baptême du feu devant les plus grands critiques de mode… et quelques invités qui n’avaient manifestement pas raté le mémo, comme Rosalía. Puis vient Dua Lipa. Quand les stars commencent à faire leur shopping chez une jeune créatrice, c’est généralement qu’il se passe quelque chose.
Mais derrière cette ascension express, Julie Kegels revendique une méthode presque artisanale. Chaque collection démarre par une idée, une émotion ou une réflexion. Ensuite viennent les collages, les recherches, les expérimentations, le découpage de vêtements vintage et des heures de drapés. Rien n’est laissé au hasard, même lorsque le résultat donne l’impression d’une spontanéité totale.
Ses influences naviguent entre les monuments de la couture – Madame Grès, Yves Saint Laurent, Gabrielle Chanel ou Paul Poiret – et l’héritage plus expérimental des Six d’Anvers. Un mélange qui explique sans doute pourquoi ses créations semblent à la fois familières et complètement imprévisibles.
Sa collection automne-hiver 2026-2027, présentée dans le cadre du Prix LVMH, s’intéresse à un sujet presque philosophique : l’aura. Ou comment un vêtement peut révéler une personnalité… tout en la protégeant. Une réflexion sur l’image publique, l’intimité et les multiples versions de soi que l’on choisit de montrer au monde.
Aujourd’hui finaliste du Prix LVMH 2026, Julie Kegels voit surtout cette reconnaissance comme une occasion d’échanger avec les grands acteurs de l’industrie et de faire évoluer sa maison sans perdre son ADN. Son ambition ? Grandir intelligemment, continuer à créer des collections qui ont du sens et rester fidèle à un artisanat exigeant.
À ce rythme-là, il ne serait pas étonnant que les grandes maisons commencent à regarder cette jeune Belge d’un œil un peu nerveux. Car pendant que certains suivent les tendances, Julie Kegels semble déjà être occupée à dessiner les suivantes.



