Le feuilleton de la galaxie Epstein vient de perdre un nouveau personnage. Daniel Siad, recruteur de mannequins et visé en France par plusieurs plaintes, a été retrouvé mort à son domicile de Colombes. Le parquet de Nanterre a ouvert une enquête afin de déterminer les causes du décès. Pour l’heure, c’est la seule certitude.
Le reste ? Les enquêteurs s’en occupent. Internet, lui, a déjà rendu son verdict, identifié le mobile, les commanditaires, le mode opératoire et probablement réservé les droits de la série Netflix. Ironie du calendrier, Daniel Siad affirmait vouloir être entendu par les policiers afin de livrer sa version des faits. La convocation n’aura jamais lieu. En matière judiciaire, difficile de faire plus mauvais timing.
Son nom était revenu sur le devant de la scène après la publication des archives liées à Jeffrey Epstein, où il apparaît à de nombreuses reprises. De quoi convaincre plusieurs plaignantes de le reconnaître des décennies après les faits qu’elles dénoncent. Lui contestait l’ensemble des accusations.
La première plainte, déposée en février dernier par l’ancien mannequin suédoise Ebba P. Karlsson, l’accusait notamment de viol et d’exploitation sexuelle. Dans le même dossier, Gérald Marie est également mis en cause par plusieurs femmes pour des faits qu’il conteste lui aussi. Chacun bénéficie, en droit, de la présomption d’innocence tant qu’aucune condamnation définitive n’est intervenue.
Pour les plaignantes, la disparition de Daniel Siad referme brutalement une porte. Un procès est l’occasion d’entendre les victimes, les mis en cause, les témoins, les experts, et parfois de démêler un peu le chaos. Sans procès, il reste les procédures interrompues, les archives et les interrogations.
Ce décès rappelle un précédent qui continue d’alimenter bien des commentaires. En effet, Jean-Luc Brunel, proche de Jeffrey Epstein, avait été retrouvé mort en détention en 2022 alors qu’il était mis en examen. Trois ans plus tôt, Jeffrey Epstein lui-même était mort dans sa cellule aux États-Unis avant d’être jugé. Trois dossiers, trois fins sans audience au fond.
Les magistrats, eux, n’ont pas pour habitude de commenter les coïncidences. Ils préfèrent les preuves. Les réseaux sociaux, à l’inverse, considèrent souvent les preuves comme un simple spoiler.
Une autopsie devra désormais établir les causes du décès de Daniel Siad. En attendant, chacun y va de son explication favorite : les uns voient une tragique succession de destins, les autres un scénario hollywoodien. Entre les deux, il reste ce détail parfois négligé : une enquête est justement faite pour éviter que les conclusions précèdent les faits.
À défaut de procès, ce dossier risque surtout d’engraisser les marchands de certitudes. Eux n’ont jamais besoin d’autopsie. Ils connaissent toujours le résultat avant même l’ouverture du dossier.



