Un nouveau duo chez Moschino, Demna chez Gucci, Maria Grazia Chiuri chez Fendi et une pluie de nouvelles et grandes boutiques : la Fashion Week féminine printemps-été 2027 s’installe à Milan avec une ambition claire. Après des mois au ralenti, le luxe italien entend remettre de la création, du savoir-faire et, si possible, un peu de magie dans la machine.
À Milan, la Fashion Week féminine printemps-été 2027 ouvre ses portes dans un contexte économique qui n’a rien d’un défilé triomphal, mais avec suffisamment de nouveaux visages, de nouvelles adresses et de nouvelles collections pour donner à la capitale lombarde des airs de grand laboratoire de la mode.
Cette saison, les projecteurs seront particulièrement braqués sur les maisons qui changent de direction artistique. À commencer par Moschino, où le duo formé par le Français Loris Messina et l’Italien Simone Rizzo présentera son premier défilé. Les deux créateurs, à l’origine de la marque Sunnei, s’étaient fait remarquer avec une mode urbaine et contemporaine. Il leur faudra désormais composer avec l’héritage hautement théâtral de Moschino – autant dire qu’on ne leur demande pas exactement de passer inaperçus.
Chez Gucci, autre changement de taille. Demna dévoilera sa deuxième collection pour la maison florentine. Après son arrivée très commentée, le créateur géorgien doit désormais confirmer sa vision dans une période où le luxe italien affronte une conjoncture moins flamboyante, marquée notamment par les tensions internationales et le ralentissement prolongé du marché chinois.
Chez Fendi, Maria Grazia Chiuri sera elle aussi au rendez-vous pour sa deuxième Fashion Week. Là encore, la curiosité est de mise : les grandes maisons italiennes ont multiplié ces derniers mois les changements de créateurs, faisant de cette saison une sorte de vaste jeu de chaises musicales, mais avec beaucoup plus de cachemire.
Le luxe serre les dents
Car derrière les podiums et les flashs des photographes, le secteur n’est pas précisément en état d’euphorie.
« L’année 2026 a mal commencé mais nous avons bien résisté au deuxième semestre », a estimé Carlo Capasa, président de la Chambre nationale de la mode italienne, lors d’une conférence de presse début septembre. Il est même allé jusqu’à parler de « miracle » pour qualifier la capacité du secteur à continuer à se maintenir.
La Chambre de la mode prévoit une baisse de 1,6 % du chiffre d’affaires du secteur sur l’ensemble de l’année. Une contraction limitée, mais qui rappelle que la période des croissances à deux chiffres appartient pour l’instant au passé. Dans ce paysage contrasté, la cosmétique progresse, l’habillement montre des signes de redressement tandis que la chaussure continue de souffrir.
La parade ? Miser sur ce que la mode sait encore faire mieux que presque tout le monde : raconter des histoires, fabriquer du désir et transformer un morceau de tissu en événement.
« Beaucoup de maisons ont changé de créateur, ce qui suscite forcément de l’intérêt dans le monde de la mode », a ainsi observé Toni Belloni, président de LVMH Italie. Autrement dit : quand le marché tousse, on change parfois de chef en cuisine et on espère que le menu donnera à nouveau envie de réserver.
Prada joue à domicile
Le coup d’envoi a été donné mardi par Prada. Et la maison milanaise ne s’est pas contentée de préparer un défilé. Elle a également sorti les grands moyens côté boutique.
Dans la galerie Victor-Emmanuel-II, véritable berceau historique de Prada depuis 1913, le groupe a inauguré une nouvelle adresse phare répartie sur huit étages. À ses boutiques, sa pâtisserie et son espace consacré à l’art contemporain s’ajoutent désormais une galerie souterraine, un musée et d’immenses salons privés.
Le message est limpide. A l’heure où les clients fortunés deviennent plus difficiles à séduire, il ne suffit plus de leur vendre un sac. Il faut leur offrir une expérience. Et, idéalement, un endroit suffisamment spectaculaire pour qu’ils aient envie de rester.
Cette boutique monumentale « exprime de manière singulière sa vision, en favorisant un dialogue avec son public grâce à une expérience où culture, créativité, hospitalité et retail se rencontrent », a déclaré le directeur général de Prada, Andrea Guerra.
À quelques mètres du Dôme, le magazine Vogue fera lui aussi de la galerie un théâtre, avec un spectacle consacré à « l’artisanat et la créativité italiens à l’époque de la technologie ». Au programme notamment : le danseur étoile de la Scala Roberto Bolle et le mannequin américain Alex Consani. Même l’artisanat, décidément, a droit à son casting cinq étoiles.
Dior, LVMH et la stratégie du grand magasin
Un peu plus loin, dans la très chic via Montenapoleone, Dior a inauguré une nouvelle boutique sur plusieurs étages, complétée par un restaurant dirigé par le chef multi-étoilé Enrico Bartolini.
Pour LVMH, Milan est devenue bien davantage qu’une étape de Fashion Week. La ville constitue un terrain stratégique où le numéro un mondial du luxe multiplie les investissements. Ces derniers mois, Louis Vuitton, Tiffany et Bvlgari y ont également renforcé leur présence.
Le groupe vient par ailleurs de poursuivre ses investissements dans Loro Piana, spécialiste du cachemire, avec l’inauguration d’une nouvelle usine à Ghemme, dans le Piémont. Près de 200 salariés y fabriquent notamment des pulls et autres pièces en maille.
« Cette nouvelle ouverture vient consolider l’engagement de Loro Piana à renforcer l’intégration verticale de sa production de maille, et à investir dans le savoir-faire Made in Italy », a déclaré Frédéric Arnault, directeur général de Loro Piana.
Le retour aux fondamentaux est donc aussi industriel. Dans une époque où l’intelligence artificielle peut générer une image de robe en quelques secondes, les maisons semblent vouloir rappeler qu’il faut toujours des mains humaines pour fabriquer celle que l’on portera réellement.
Des nouveaux venus et un dernier tour de piste
Sur les podiums, Milan accueillera également plusieurs premières. Les marques portugaises Marques’Almeida et Miguel Vieira présenteront leur premier défilé dans la capitale italienne, tout comme l’Équatorien Neithan Ruiz.
Les habitués, eux, seront au rendez-vous. Armani, Roberto Cavalli et consorts continueront d’assurer la continuité dans une semaine qui joue précisément sur le contraste entre héritage et renouvellement.
Et puis il faudra dire au revoir à Glenn Martens chez Diesel. Le créateur belge présentera sa dernière collection après cinq années durant lesquelles il a contribué à faire monter la marque en gamme. Son successeur n’a pas encore été désigné. Glenn Martens, lui, ne quitte pas pour autant le groupe. Il poursuivra son aventure chez Maison Martin Margiela.
Ainsi va la mode. Un créateur arrive, un autre s’en va, une boutique ouvre pendant qu’une usine se modernise, et tout le monde cherche la prochaine idée capable de faire repartir la machine. Mais jusqu’à quand ?




