Alors que la mode semble osciller entre nostalgie patrimoniale et grand spectacle algorithmique, Chanel choisit Rome. La maison française dévoilera le 2 décembre prochain sa collection Métiers d’art 2027 dans la capitale italienne, confirmant l’ancrage culturel européen de l’ère Matthieu Blazy – et sa capacité à transformer chaque défilé en décor de cinéma grandeur nature.
Ce rendez-vous marquera surtout une première : le tout premier défilé italien orchestré par Matthieu Blazy depuis son arrivée à la tête de la création. Une période courte, mais déjà suffisante pour imposer une silhouette et un ton : un luxe plus tactile, plus vivant, moins figé dans le cérémonial. Chez les clientes comme dans la critique, le constat est désormais partagé : Matthieu Blazy ne cite pas Chanel, il remet Mademoiselle en mouvement.
Depuis 2002, les défilés Métiers d’art constituent l’un des exercices les plus singuliers de la maison française. Pensées comme un hommage aux ateliers d’excellence – brodeurs, plumassiers, bottiers, paruriers ou orfèvres – ces collections célèbrent les savoir-faire artisanaux qui composent la colonne vertébrale silencieuse du luxe français. Mais sous Matthieu Blazy, l’exercice prend une autre dimension : moins musée vivant, davantage récit immersif.

En décembre dernier, le créateur avait transformé une station de métro new-yorkaise en théâtre de sophistication urbaine pour son premier Métiers d’art signé Chanel. Un défilé à la fois cinématographique et nerveux, où les tweeds impeccables semblaient avoir traversé Manhattan à l’heure de pointe. À Rome, le décor promet déjà une autre dramaturgie.
Car Chanel entretient depuis longtemps une relation sentimentale avec l’Italie. Gabrielle Chanel découvre le pays à l’été 1920 et y revient régulièrement, fascinée par la peinture de la Renaissance, l’art antique et le cinéma italien. Une passion qui irrigue encore aujourd’hui l’imaginaire de la maison. Rome n’est donc pas un simple décor de prestige, c’est une archive émotionnelle.
La maison connaît d’ailleurs déjà bien la Ville éternelle. En 2015, Karl Lagerfeld y avait présenté un spectaculaire défilé Métiers d’art dans les mythiques studios de Cinecittà, brouillant déjà les frontières entre mode, fiction et opéra visuel.
Avec Matthieu Blazy, Rome pourrait toutefois devenir autre chose. Non plus seulement un hommage au passé glamour de Chanel, mais le laboratoire d’un luxe plus incarné, plus charnel, presque narratif. Une mode qui ne cherche plus seulement à être regardée – mais à être vécue.




