Pour son premier Métiers d’art chez Chanel, Matthieu Blazy n’a pas cherché l’adresse la plus spectaculaire de Manhattan. Il a choisi ce que la ville a de plus démocratique, de plus chaotique, de plus romanesque aussi : le métro. Là où tout le monde est quelqu’un, sans que personne ne regarde vraiment.
Bowery Station. Des escaliers fatigués, des portiques qui refusent toujours de coopérer, un quai trop étroit pour les rêves qu’on y fait. Chanel s’y installe comme si la Maison avait toujours été là. Pas en héritière précieuse, mais en habituée. Une maison centenaire qui connaît la latence des trains en retard.
Avant le défilé, un film. Michel Gondry derrière la caméra. Margaret Qualley, A$AP Rocky. De l’amour, mais pas l’amour glamour — l’amour qui attend, qui court, qui rate parfois sa rame. Une ville filmée à hauteur de trottoir, légèrement floue, déjà nostalgique d’elle-même. Le ton est donné : ce sera doux, un peu bancal, résolument humain.

Sur le quai, le casting est un accident contrôlé. Une mondaine des années folles croise une consultante en denim usé. Un banquier côtoie Clark Kent. Une fille de fête se raconte une vie tandis qu’un touriste regarde ses sneakers. Ce défilé ressemble à un plan séquence mal rangé — et c’est précisément ce qui le rend juste. New York ne classe personne.
Les vêtements suivent le mouvement. Le tweed ne se prend pas au sérieux : il héberge des chiens minuscules. Manhattan se retourne comme une chaussette et s’étale sur une jupe. Un sac 2.55 décide d’évoluer et s’offre quatre pattes, comme un animal de compagnie urbain. Chez Matthieu Blazy, même les icônes se permettent une crise d’identité.
Mais sous cette joyeuse dérive, les Métiers d’art travaillent dur. Lemarié, Lesage, Massaro : les mains savent exactement ce qu’elles font. Chaque plume est placée, chaque broderie raconte quelque chose — même quand le propos semble flâner. Chanel fait semblant de ne pas être sérieux. En réalité, la Maison est redoutablement précise.
Ce défilé parle moins de New York que de ce que New York permet. L’idée qu’on peut être élégant sans être figé, multiple sans se perdre. Gabrielle Chanel l’avait senti dès les années 1930, quand elle voyait sa mode copiée dans la rue et s’en félicitait. Le style, pour exister, doit être pris, tordu, usé.
Matthieu Blazy ne rend pas hommage. Il installe une continuité. Il ne met pas Chanel sur un piédestal : il fait voyager l’enseigne. Et comme dans le métro new-yorkais, le plus important n’est pas l’arrêt final, mais les silhouettes qu’on croise en chemin.
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