Avec « Black British Music », son troisième album, le rappeur et producteur Jim Legxacy propose une relecture audacieuse de la musique noire au Royaume-Uni. En fusionnant drill, grime, pop et introspection, il bouscule les codes d’un genre en constante mutation.
Peu de disques résument aussi clairement les tensions, mutations et héritages de la jeunesse noire britannique que Black British Music, le nouvel album de Jim Legxacy, sorti il y a seulement quelques jours. Le titre, explicite, annonce la couleur : il s’agit d’une œuvre manifeste, un projet qui interroge à la fois l’histoire du rap au Royaume-Uni et l’identité de ceux qui l’ont façonnée.
À 25 ans, Jim Legxacy – de son vrai nom inconnu du grand public – s’impose comme une figure montante du paysage musical britannique. Originaire de Lewisham, quartier multiculturel du sud de Londres, il se distingue depuis ses débuts par une approche singulière : mêler les codes virils de la drill à une expression émotionnelle plus nuancée, parfois fragile, souvent poétique.
Une musique du souvenir
Black British Music ne se contente pas de citer les grands noms du rap UK – J Hus, Skepta, Giggs, Dave – il les réinscrit dans une narration personnelle, intime, marquée par la marginalité, le chagrin et une lucidité désarmante. À travers des samples, des interpolations et des clins d’œil multiples, Jim Legxacy compose un véritable collage sonore, entre hommage générationnel et relecture critique.
Des titres comme “I Just Banged A Snus In Canada Water” ou “Stick” mettent en avant ce double mouvement : le souvenir d’une adolescence façonnée par les morceaux partagés via infrarouge sur les téléphones, les soirées à écouter Sneakbo ou Unknown T, et une tentative d’en tirer une forme nouvelle, hybride, où les émotions prennent le pas sur la posture.
De la drill à la folk, un spectre sonore élargi
Ce qui frappe à l’écoute, c’est l’ampleur du spectre musical mobilisé. Là où son premier album Citadel (2021) restait dans des formats plus traditionnels – des beats lo-fi, du grime pur – Legxacy élargit ici sa palette. On y croise des influences pop punk, indie folk, jersey club, voire afrobeat, comme sur le titre “Sun feat. Fimiguerrero”. Un parti pris audacieux qui ne sacrifie jamais la cohérence d’ensemble : c’est bien la voix de Jim, tantôt chantée, tantôt rappée, qui sert de fil conducteur.
Sur “3X feat. Dave”, le seul véritable couplet rap du disque, l’artiste londonien Dave rend hommage à l’histoire du genre tout en consolidant l’identité du projet. L’occasion aussi pour Legxacy de rappeler qu’il est à l’origine de la production de “Sprinter”, l’un des plus grands tubes UK rap de l’année 2023.
Une œuvre politique par sa seule existence
Sans slogan ni revendication directe, Black British Music est un projet profondément politique. Il vient rappeler que les musiques noires ne sont pas des sous-genres, mais les piliers de la culture populaire britannique contemporaine. Et que leur réappropriation par une nouvelle génération d’artistes, moins obsédée par la performance virile, plus encline à exprimer vulnérabilité et souffrance, est une mutation de fond.
Dans un contexte britannique où les politiques publiques tentent régulièrement de marginaliser certaines expressions musicales – la drill notamment, souvent associée à la violence –, Legxacy propose une autre lecture : celle d’une musique comme espace de mémoire, de soin et de narration personnelle.

Un disque témoin de son époque
En mêlant références historiques et récits intimes, en hybridant grime et folk, UK drill et indie rock, Jim Legxacy capture un moment précis de la jeunesse britannique. Une époque marquée par la précarité, la surconnectivité, mais aussi une formidable créativité.
Black British Music n’est pas un album facile. C’est un disque dense, à tiroirs, qui demande une écoute attentive pour en saisir toutes les strates. Mais c’est aussi une œuvre nécessaire, à la fois hommage et reconfiguration. Un rappel, surtout, de l’immense impact qu’a eu – et continue d’avoir – la musique noire dans la formation de l’identité britannique moderne.
Plus de renseignements sur jimlegxacy.com





