Vivienne Westwood préférait électriser les corps. Chez elle, le bijou n’a jamais été un simple accessoire destiné à finir une silhouette ou à flatter une clavicule sous un éclairage arrangeant. Non. Le bijou version Westwood ressemble davantage à un manifeste portable, à une déclaration politique suspendue à une chaîne, à une relique punk ayant survécu à une émeute aristocratique.
En 2027, le V&A Dundee entend bien le rappeler avec fracas. Le musée écossais du design accueillera Vivienne Westwood & Jewellery, une grande exposition consacrée à quarante ans de créations joaillières issues des archives de la maison britannique. Une première d’ampleur qui promet autant de panache que d’insolence.
Car dans l’univers de Vivienne Westwood, les perles ne sont jamais sages. Les croix flirtent avec la provocation, les chaînes deviennent des manifestes, et les orbites royales – ce fameux logo inspiré des joyaux de la couronne – semblent avoir été envoyées dans un concert punk au fond d’un club londonien enfumé.

Une exposition comme une déclaration d’indépendance
Conçue par l’équipe de la maison Vivienne Westwood, l’exposition réunira des pièces emblématiques portées lors des défilés, des créations rares issues des archives et une série de silhouettes qui racontent l’évolution esthétique de la créatrice britannique. Mais le projet ne se contente pas d’aligner des vitrines bien éclairées et des cartels polis.
Le parcours se veut immersif, presque théâtral. Sons, vidéos, collages graphiques et images d’archives accompagneront les visiteurs dans cette traversée de quatre décennies de mode irrévérencieuse. Une plongée dans un univers où le bijou devient ponctuation visuelle, geste militant et parfois même arme de séduction massive.
Parce que chez Westwood, chaque détail racontait quelque chose. Une colère contre les conventions. Une fascination pour l’histoire. Une passion pour les monarchies décadentes autant que pour les mouvements contestataires. Elle pouvait convoquer les portraits aristocratiques du XVIIIe siècle et les faire cohabiter avec des références BDSM, des chaînes industrielles ou des symboles punk sans que cela paraisse incohérent. Au contraire : c’était précisément là que résidait sa magie.
L’Écosse, muse textile et terrain de jeu créatif
Et si l’exposition s’installe à Dundee, ce n’est pas un hasard. Vivienne Westwood entretenait avec l’Écosse une relation presque sentimentale. Tartans, étoffes traditionnelles, romantisme des Highlands, culture clanique… Tout un imaginaire qui irriguait régulièrement ses collections.
La créatrice voyait dans le patrimoine écossais bien plus qu’un folklore décoratif. Elle y trouvait une matière vivante, chargée d’histoire et de rébellion autrement dit, exactement ce qu’elle aimait transformer.
Le célèbre tartan MacAndreas, imaginé par Andreas Kronthaler peu après son arrivée à Londres, symbolise cette connexion intime entre la maison Westwood et l’Écosse. Aujourd’hui directeur artistique de la marque, Kronthaler évoque d’ailleurs cet attachement avec émotion :
L’Écosse a toujours occupé une place particulière dans le cœur de Vivienne et dans le mien.
Dans ce contexte, présenter l’exposition à Dundee ressemble moins à une opération de prestige qu’à un retour aux sources émotionnel et esthétique.

Dundee, capitale temporaire du glamour anarchiste
Pour le V&A Dundee, l’événement représente un moment stratégique autant qu’artistique. Depuis son ouverture, le musée s’est imposé comme l’un des lieux majeurs du design au Royaume-Uni, multipliant les expositions ambitieuses capables de faire dialoguer patrimoine, création contemporaine et culture populaire.
Caroline Grewar, directrice de la programmation du musée, voit dans cette rétrospective un projet emblématique. Elle rappelle notamment les liens personnels que Vivienne Westwood entretenait avec la ville écossaise, où elle avait reçu un doctorat honorifique en 2008.
Et il faut reconnaître que peu de créateurs incarnent aussi bien cette idée d’un design à la fois intellectuel et subversif. Vivienne Westwood ne faisait jamais “joli”. Elle faisait du sens. Même lorsqu’elle utilisait des perles géantes ou des croix scintillantes, il y avait toujours derrière l’ornement une réflexion sur le pouvoir, la société, le sexe, la politique ou le statut social.
Des bijoux comme des actes de résistance
Au fond, Vivienne Westwood & Jewellery ne parlera pas uniquement de mode. L’exposition racontera surtout une manière d’utiliser le vêtement et l’ornement comme outils de contestation joyeuse.
Chez Westwood, le bijou servait à exagérer, détourner, caricaturer parfois. Une esthétique de l’excès pensée comme une réponse au conformisme. Là où certains voient un collier, elle voyait une prise de position. Là où d’autres cherchaient l’élégance discrète, elle préférait le chaos sophistiqué.
Vivienne Westwood & Jewellery ouvrira ses portes au V&A Dundee le 26 mars 2027.




