À force de vouloir absolument être à l’heure des tendances, certains finissent surtout à l’heure du tribunal. Un homme de 33 ans a été condamné mercredi à deux ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Colmar après avoir séquestré un jeune homme qu’il soupçonnait… d’avoir détourné une montre Swatch ultra-convoitée.
L’affaire pourrait ressembler à un mauvais scénario de série Netflix sur les dérives du consumérisme moderne. Pourtant, tout est bien réel : une montre en plastique coloré, une file d’attente interminable, 400 euros en liquide, une cave de kebab et, au bout du compte, la prison.
Une montre devenue objet de culte
Depuis plusieurs semaines, la “Royal Pop”, fruit d’une collaboration entre Swatch et Audemars Piguet, provoque des scènes de frénésie rarement observées pour une montre accessible au grand public. Entre collectionneurs compulsifs, revendeurs opportunistes et amateurs de hype horlogère, les boutiques ont vu se former des files d’attente dès l’aube dans plusieurs grandes villes européennes.
À Strasbourg, le 16 mai dernier, un jeune homme d’une vingtaine d’années avait été mandaté par le prévenu pour aller faire la queue à sa place devant une boutique de la marque. Mission simple sur le papier : acheter la fameuse Royal Pop avec les 400 euros confiés par son commanditaire.
Sauf qu’entre théorie et réalité, il y avait plusieurs centaines de passionnés armés de cafés, de chaises pliantes et d’une patience à toute épreuve. Face à l’ampleur de la foule, l’émissaire abandonne finalement la mission. Il rentre bredouille et restitue l’intégralité de l’argent.
Fin de l’histoire ? Pas exactement.
“J’avais un doute”
Convaincu d’avoir été dupé, le collectionneur imagine alors un scénario parallèle. Selon lui, le jeune homme aurait bien acheté la montre avant de la revendre discrètement au marché noir, où certains modèles s’échangent déjà à des prix délirants.
Pris d’un mélange de paranoïa horlogère et de colère mal digérée, le trentenaire décide de régler l’affaire lui-même. Selon les éléments rapportés à l’audience, il aurait retenu la victime pendant une vingtaine de minutes dans la cave de son restaurant de kebab à Sainte-Marie-aux-Mines, afin de lui soutirer des aveux – ou éventuellement la montre.
Lors de son procès en comparution immédiate à Colmar, le prévenu a tenté de justifier son geste avec une sincérité désarmante :
J’avais un doute, je pensais qu’il avait utilisé mes sous pour acheter la montre et la revendre.
Une phrase qui résume peut-être mieux que n’importe quelle étude sociologique l’état actuel de certaines passions consuméristes.
De la MoonSwatch à la “Royal Pop”, la folie continue
Depuis les collaborations spectaculaires de Swatch avec des marques de luxe, les lancements de montres sont devenus de véritables événements sociaux. Files de plusieurs heures, altercations, spéculation en ligne et reventes immédiates font désormais partie du décor.
Mais cette fois, la passion a clairement dépassé le cadre du collectionnisme. Le tribunal correctionnel de Colmar a condamné l’homme à deux ans de prison ferme. À l’issue de l’audience, il a été immédiatement incarcéré.
Une conclusion brutale pour une affaire qui rappelle qu’entre l’amour des belles montres et la prise d’otage improvisée, il existe encore, heureusement, quelques nuances juridiques.





