Du 16 au 20 janvier 2026, Milan remet la machine mode en marche. Cinq jours, quelques dizaines de défilés, des kilomètres de taxis et une question tacite : à quoi ressemblera l’homme l’hiver prochain ? La Fashion Week Homme ouvre officiellement l’année 2026, comme un générique de début de saison. Moins bavarde que le féminin, mais pas moins stratégique.
Car derrière ce calendrier aminci se cache un poids médiatique bien réel. La dernière édition hivernale parisienne a dépassé les 300 millions de dollars de MIV. Traduction : même quand la mode masculine parle à voix basse, tout le monde écoute. Cette semaine, c’est donc Milan qui murmure – et l’industrie tend l’oreille.
Avant d’arriver en Lombardie, la mode fait escale à Florence. Pitti Uomo, du 13 au 16 janvier, joue le rôle du sas de décompression chic : 700 marques, des vestes impeccables, des silhouettes ultra-pensées et quelques expérimentations bien senties. En têtes d’affiche, Brunello Cucinelli et Soshi Otsuki, pendant que la ville devient, quatre jours durant, un moodboard à ciel ouvert.

Zegna fait le premier pas, Armani s’efface
À Milan, le scénario est inversé. Zegna, d’ordinaire chargée de conclure, ouvre le bal. Un changement de rôle presque symbolique pour la maison dirigée par Alessandro Sartori, qui a passé l’année à tisser des ponts entre art et sport – d’Art Basel aux épaules d’Ousmane Dembélé sur le tapis du Ballon d’Or.
Dans la foulée, Ralph Lauren signe un retour que peu avaient vu venir. La marque n’avait pas défilé à Milan depuis près de vingt ans. Autant dire qu’il faudra un certain panache pour justifier cette réapparition dans le calendrier italien. La journée se termine sans ambiguïté : DSquared2 prend l’espace Rubattino56 et promet un défilé sous haute intensité, suivi d’une after-party, parce qu’à Milan, le soir commence rarement quand le show s’arrête.

Le week-end fait alterner signatures pointues et mastodontes du vestiaire italien. Setchu, Pronounce, Saul Nash, Simon Cracker, Paul Smith déroulent leurs propositions pendant que Dolce & Gabbana et Prada arrivent avec leur réputation estivale à assumer. Pyjamas viraux d’un côté, micro-shorts de l’autre : l’homme milanais a déjà beaucoup donné, il lui reste à convaincre.
Lundi, enfin, un silence inhabituel. Giorgio Armani présente sa collection masculine sans Giorgio. Disparu début septembre, le créateur laisse un podium intact mais chargé. Emporio Armani Homme, lui, ne sera pas de la partie : désormais co-ed, il a choisi de disparaître temporairement du radar masculin.
Milan, ou l’art de s’échapper entre deux défilés
Ce calendrier allégé a une vertu rare : il libère du temps. À la Fondation Prada, l’installation multisensorielle Sueño Perro d’Alejandro G. Iñárritu brouille les repères, pendant que Hito Steyerl questionne l’image avec The Island. Plus au nord, le HangarBicocca expose Nan Goldin (This Will Not End Well), rappelant que la mode n’est jamais très loin de la politique, de l’intime et du réel.
Milan n’annonce pas une révolution. Elle suggère, ajuste, déplace légèrement le curseur. Une Fashion Week Homme moins bruyante, plus étirée, presque contemplative. Et peut-être est-ce exactement ce dont la mode avait besoin pour commencer 2026 : faire moins, mais regarder plus.





