Dans le paysage mouvant et parfois redondant de la mode contemporaine, rares sont les accessoires capables de provoquer autant de fascination et de controverse qu’une paire de souliers à bout fendu. Ces chaussures singulières, les souliers Tabi, ont réussi à s’imposer cette saison comme l’objet de désir ultime, mêlant audace, héritage culturel et irrévérence stylistique.
Créés en 1988 par Maison Margiela, les Tabi doivent leur nom à une référence directe aux chaussettes japonaises traditionnelles du même nom, caractérisées par une séparation du gros orteil. Longtemps relégués à un statut d’objet conceptuel voire provocateur, ces souliers ont traversé les décennies en gardant intacte leur capacité à diviser, intriguant autant qu’ils séduisent. Aujourd’hui, ils ne sont plus seulement une curiosité avant-gardiste ; ils sont un classique réinventé, au carrefour du passé et du futur.
Ce phénomène de résurgence s’inscrit dans une tendance plus large où les codes stylistiques du passé se voient réinterprétés, remixés, et propulsés sur le devant de la scène par une génération avide de singularité. Loin d’être perçues comme bizarres ou inaccessibles, les Tabi incarnent une esthétique « weird-core » — un style où l’étrangeté devient synonyme de chic, et où la rupture avec la norme stylistique est revendiquée comme un acte de créativité.

Leur architecture fragmentée répond à un besoin contemporain fondamental : celui de s’affirmer dans un monde saturé d’images uniformisées. Les générations Z et Alpha, férues d’expérimentations vestimentaires et de détournements culturels, en ont fait un emblème, un manifeste silencieux mais visible de leur quête d’authenticité et de différence.
Mais le succès des Tabi ne serait rien sans l’ampleur prise sur les réseaux sociaux, véritables vitrines planétaires où célébrités et influenceurs propagent leur influence. De la scène musicale aux coulisses des défilés, en passant par les looks de rue les plus audacieux, ces souliers occupent aujourd’hui une place enviée, devenant le sésame d’une mode qui cultive l’irrévérence et le raffinement.
Un phénomène paradoxal accompagne cette fascination : celui d’un « fétichisme » mêlant admiration, humour et obsession, où le soulier à la forme éclatée devient sujet à des posts dramatiques et des vidéos virales célébrant sa rareté et son pouvoir disruptif. Cette tonalité ironique, presque ludique, renforce paradoxalement la valeur symbolique des Tabi.
Enfin, Maison Margiela a su nourrir cet engouement en multipliant les déclinaisons : des ballerines aux sneakers, en passant par les sandales et mocassins, dans des matières toujours plus inattendues. Cette capacité à se réinventer perpétuellement garantit que le soulier Tabi ne se contente pas d’être un objet de mode, mais s’affirme comme une pièce iconique, porteuse d’histoire et d’avenir.
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