Il y a des années qui arrivent à pas feutrés. 2026, non. Elle a déboulé sans s’excuser, les poches pleines de premières fois, d’adieux définitifs et de promesses à moitié tenues. À peine installée, elle agit déjà comme si elle savait exactement ce qu’on attend d’elle – et comme si elle comptait faire autrement.
Les amateurs de symboles s’en réjouissent : 2 + 0 + 2 + 6, ça fait 10, puis 1. Une année « 1 », paraît-il. Celle des recommencements, des coups d’épaule, des récits qui s’écrivent sans mode d’emploi. La mode, toujours prompte à lire les signes avant qu’ils ne deviennent tendance, a pris le message au pied de la lettre. Après deux ans de mercato effréné, de départs théâtraux et de premiers défilés sous tension, 2026 commence là où les autres années prennent généralement leur souffle.
On l’a longtemps cru soporifique. Janvier 2026 a décidé de prouver le contraire. Sa semaine de la haute couture ressemble moins à une parenthèse qu’à une audition à ciel ouvert. Jonathan Anderson arrive chez Dior comme on entre dans une pièce déjà chargée d’histoire : avec l’élégance de ceux qui savent qu’ils seront scrutés à la loupe. Le lendemain, Matthieu Blazy poursuit son installation chez Chanel, couture comprise, après avoir déjà montré à New York qu’il savait manier les savoir-faire sans les mettre sous cloche. Les autres maisons, elles, jouent encore à cache-cache. Balenciaga, Jean Paul Gaultier… silence radio. Dans la mode, l’absence est souvent une déclaration.

Des adieux qui ressemblent à des passages de témoin
2026 est aussi une année qui dit au revoir – mais sans pathos. Véronique Nichanian quittera Hermès après trente-sept ans d’exercice, laissant derrière elle une vision du vestiaire masculin si cohérente qu’elle semble presque intemporelle.
À Milan, Gucci offrira à Demna son premier défilé officiel. Promesse d’un virage assumé, ou d’une redéfinition lente ? À Paris, Antonin Tron refermera le chapitre Balmain, pendant que Maria Grazia Chiuri ouvrira le sien chez Fendi. La mode adore appeler cela des « transitions ». En réalité, elle adore surtout le vertige.

Le flou comme moteur créatif
Tout n’est pas encore écrit, et c’est peut-être là que 2026 se montre la plus intéressante. Le départ express de Dario Vitale chez Versace a laissé derrière lui un parfum de scénario inachevé. Pieter Mulier partira-t-il pour l’Italie ? Qui reprendra Alaïa, si cela arrive ? Et que font, pendant ce temps, Hedi Slimane, John Galliano ou Olivier Rousteing, silencieux mais jamais absents ?
Dans la mode, l’attente est une discipline à part entière.
Quand l’Amérique sert de décor
Le printemps, lui, parle anglais. Les défilés Croisière s’installent à Aspen, Los Angeles ou New York comme on plante un décor de cinéma. Moncler joue la montagne chic, Dior la lumière californienne, Gucci et Louis Vuitton se partagent Manhattan. Moins des voyages que des déclarations d’intention : la mode veut de l’espace, du spectaculaire, et un public qui regarde.
Les anciens ne disparaissent jamais vraiment
Quarante ans après leur apparition, les Six d’Anvers rappellent que les révolutions les plus durables commencent souvent loin des capitales attendues. Une rétrospective au MoMu d’Anvers remettra leurs noms – Dries, Ann, Walter, Dirk, Dirk et Marina – au centre du récit. Non pas comme des reliques, mais comme des rappels utiles : l’avant-garde vieillit bien quand elle refuse de devenir confortable.

La nuit reprend ses droits
Longtemps, la mode a fait semblant de se coucher tôt. 2026 signe la fin de cette hypocrisie. À Paris, le Bus Palladium et le Palace s’apprêtent à rouvrir leurs portes, convoquant les fantômes de Mick Jagger, des nuits trop longues et des collections dessinées au petit matin. Et ce n’est pas un détail. La mode a toujours mieux pensé après minuit.





