À Léognan, certains domaines racontent une histoire. D’autres racontent plusieurs millions d’années. Au cœur de l’appellation Pessac-Léognan, le Château de France cultive autant la mémoire familiale que les grands raisins, avec ce supplément d’âme typiquement bordelais. Une élégance sérieuse… qui cache souvent une passion obsessionnelle pour les détails.
La famille Thomassin fait partie des plus anciens propriétaires de l’appellation. Une longévité qui, dans le Bordelais, vaut presque un classement officiel. Repris en 1971 par Bernard Thomassin, le domaine est conseillé depuis 1996 par l’œnologue star Michel Rolland, tandis qu’Arnaud Thomassin en assure aujourd’hui la direction, épaulé par ses sœurs Véronique et Virginie. Une affaire de famille, donc. Mais surtout une affaire de terroir.
Le Château de France repose sur les fondations d’un ancien manoir dont subsiste encore une superbe cave voûtée. La maison de maître, construite à la fin du XVIIe siècle par le procureur Philippe Decoud, observe depuis des siècles les vignes évoluer avec le calme aristocratique des vieilles pierres girondines.
Et quelles vignes.
La propriété familiale compte aujourd’hui 40 hectares en AOC Pessac-Léognan : 36 hectares de Cabernet Sauvignon et de Merlot dédiés aux rouges, et 4 hectares de Sauvignon et Sémillon consacrés aux blancs.
Des blancs tendus et aromatiques : le Château de France joue sur ce tableau avec une régularité qui lui vaut une reconnaissance internationale. Ici, le vin n’est pas le cousin discret du rouge. Il revendique sa place à table, et parfois même la vedette.
Arnaud Thomassin, l’homme qui parle aux vignes
Au domaine, Arnaud Thomassin perpétue la continuité familiale avec une vision très concrète du métier. Pas de grands discours marketing ni de poésie biodynamique récitée sous la lune. Son credo tient d’abord dans le travail du vignoble :
Dès mon arrivée au Château de France, j’ai porté une attention particulière au vignoble. Les travaux en vert, qui ont une réponse qualitative immédiate, ont été développés dès lors.
Une phrase sobre, presque technique. Mais dans le monde du vin, c’est souvent là que se cachent les vraies révolutions. Dans l’effeuillage précis, la maîtrise des rendements, le soin apporté à chaque pied de vigne plutôt que dans les effets de manche.
Pessac-Léognan : l’appellation qui a mis les Graves au propre
L’histoire du Château de France est intimement liée à celle de l’appellation Pessac-Léognan elle-même.
Bien avant que le Médoc ne devienne une superstar mondiale du vin, les Graves de Bordeaux étaient déjà réputées pour leurs terroirs exceptionnels. En 1984, un décret reconnaît officiellement les aires viticoles de Pessac et Léognan. Puis, le 9 septembre 1987, naît officiellement l’AOC Pessac-Léognan, rétroactive au millésime 1986.
Dix communes composent aujourd’hui cette appellation prestigieuse : Cadaujac, Canéjan, Gradignan, Léognan, Martillac, Mérignac, Pessac, Saint-Médard-d’Eyrans, Talence et Villenave-d’Ornon. Un territoire où les graves, ces fameux galets déposés par les anciens cours d’eau, offrent des conditions idéales pour des vins complexes, racés et taillés pour la garde.
Dans la parcelle “Coquillat”, les fossiles remplacent les cailloux
Mais au Château de France, le terroir pousse le concept un peu plus loin. Sur une parcelle de 50 ares au nom évocateur – “Coquillat” – le sol est littéralement truffé de fossiles. Coquilles marines, traces d’organismes anciens, vestiges géologiques vieux de 16 à 20 millions d’années : ici, la vigne pousse sur les souvenirs d’une mer tropicale.
Oui, tropicale.
Les fossiles découverts sur le site témoignent d’une époque appelée le “Burdigalien”, mise en lumière dès 1892 par le géologue et paléontologue Charles Depéret. À cette époque, le Bordelais baignait sous un climat chaud, bien loin des brouillards matinaux chers aux cartes postales viticoles.
Difficile de ne pas céder à une certaine fascination. Pendant que certains domaines parlent de minéralité avec des trémolos mystiques, au Château de France, les preuves géologiques sortent littéralement de terre.
Les fossiles rappellent aussi à quel point leur présence reste rare : pour traverser des millions d’années, ils doivent survivre aux bactéries, à l’oxygène, aux déformations des roches et aux bouleversements du temps. En somme, exactement comme certaines vieilles familles du vin bordelais.
Château Coquillas 2024 : le blanc qui joue la carte de l’élégance solaire
Dernière expression de ce terroir singulier : le Château Coquillas 2023, Grand Vin de Bordeaux en Pessac-Léognan blanc.

Assemblage de 80 % Sauvignon et 20 % Sémillon, le vin affiche un nez harmonieux mêlant abricot confit, litchi, fruits à chair blanche et miel. En bouche, la structure joue l’équilibre entre gras et fraîcheur avec une élégance précise, prolongée par une finale minérale.
Le compagnon idéal d’un apéritif chic, d’une tapenade d’olives vertes, de noix de Saint-Jacques poêlées, d’un poisson grillé ou de fromages affinés.
Vous l’avez compris, dans le Bordelais, tout le monde parle de terroir. Certains le racontent avec des mots compliqués, d’autres avec des cartes géologiques dignes d’un cours de sciences naturelles. Au Pessac-Léognan Château de France, on a choisi une méthode plus simple : laisser parler les fossiles.
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