A New York, le printemps a rampé, volé, bourdonné et, accessoirement, défilé sur des talons vertigineux. Pour clôturer la Fashion Week, Thom Browne a transformé le podium en jardin grandeur nature.
Pourquoi présenter sagement une collection de printemps quand on peut transformer le public en fourmilière ?
Les spectateurs, parmi lesquels Demi Moore et Naomi Watts, ont ainsi contemplé le show en contrebas, réduits à leur condition de minuscules humains face à un univers végétal et animal démesuré. Sur le podium, les mannequins, elles, avaient clairement pris le pouvoir.

Le retour du printemps, mais pas celui de votre balcon
Perchées sur des talons hauts (très hauts) et dissimulées derrière de longues franges, les mannequins ont défilé dans des silhouettes qui semblent avoir été dessinées après une visite particulièrement inspirante au rayon entomologie.
Les jupes sont cintrées, les corsets se contorsionnent et certaines robes évoquent des insectes prêts à s’envoler. Une robe boule prend des airs de coccinelle. Des drapés s’ouvrent comme des ailes de papillon. On est très loin du traditionnel « tiens, j’ai acheté quelques tulipes pour le printemps ».
Même le vestiaire preppy, cette grande spécialité américaine faite de chemises, cravates, vestes, jupes et bermudas à carreaux ou à rayures, n’échappe pas à la contamination. Abeilles, libellules, fleurs et mousse s’invitent dans les broderies.




Quand le costume rencontre la jungle
Thom Browne réussit surtout un petit tour de magie. Faire cohabiter la rigueur du costume américain avec une imagination complètement débridée. Tout est structuré, mais rien n’est vraiment sage.
La collection est fantasmagorique, parfois presque inquiétante, et franchement rock. Une esthétique qui colle plutôt bien à l’univers du créateur, qui avait déjà fait sensation début septembre en habillant la joueuse de tennis japonaise Naomi Osaka d’une longue veste blanche brodée de raquettes sur les courts de l’US Open.
Après les raquettes, donc, les insectes. Thom Browne semble avoir décidé que le vestiaire devait désormais couvrir toute la chaîne alimentaire.

La mode américaine fait machine arrière… avec style
Cette Fashion Week new-yorkaise aura aussi beaucoup parlé de réinterprétation. Christian Siriano a travaillé les transparences et les proportions XXL. Henry Zankov, nouveau directeur artistique de Diane von Furstenberg, a injecté des imprimés très colorés dans les silhouettes. Ralph Lauren et Coach ont, de leur côté, associé tailoring structuré et lignes plus fluides.
Et pendant que tout le monde regarde vers l’avenir, la mode fait discrètement les poches du passé.
Le preppy revient. Les années 2000 aussi. Tailles basses, denim ample, jupes et robes portées par-dessus des pantalons : les vêtements que l’on croyait avoir définitivement enterrés ressortent du placard avec un nouveau passeport, une coupe plus sophistiquée et, surtout, beaucoup plus d’assurance. La mode est ainsi faite. Elle vous fait détester une tendance, vous apprend à vivre sans elle, puis vous la revend quelques années plus tard en vous expliquant que vous n’aviez simplement pas su l’apprécier à sa juste valeur.

Et la fourrure reste à la porte
Cette édition marque également un changement important. La fourrure animale est désormais interdite dans les collections figurant au calendrier officiel new-yorkais. Une nouvelle règle qui accompagne une Fashion Week où les créateurs continuent de revisiter les codes américains, de jouer avec les volumes et de recycler les souvenirs des décennies précédentes.
Mais Thom Browne, lui, a choisi une autre forme de recyclage : celui de la nature.
Il a pris des insectes, des fleurs, des ailes, de la mousse, quelques costumes impeccables et une bonne dose de fantaisie. Puis il a tout mélangé.




