Avec « A Beautiful Escape », Lorenzo Serafini offre à Alberta Ferretti une échappée belle entre années folles, exotisme solaire et sensualité liquide. Une collection qui s’éloigne du Ferretti pur jus sans jamais perdre le fil de la féminité. Bref : Alberta change d’air, mais pas de tempérament.
Il y a des collections qui racontent une histoire. Et puis il y a celles qui donnent furieusement envie de prendre le premier avion pour une destination où personne ne connaît votre nom, votre agenda Outlook ou le mot « réunion ». Avec « A Beautiful Escape », Lorenzo Serafini imagine pour Alberta Ferretti précisément ce genre de parenthèse.
Une évasion, donc. Mais pas question de disparaître sous une tente Quechua au fin fond d’une forêt. Ici, la fuite est sophistiquée, lumineuse et parfaitement habillée. Elle navigue entre rêve et réalité, exotisme lointain, liberté d’une autre époque et élégance nonchalante de celles et ceux qui refusent de vivre au rythme de la pendule.
Quand les années 1920 font leurs valises
Pour construire cette nouvelle grammaire, Lorenzo Serafini regarde dans le rétroviseur – mais avec suffisamment de recul pour ne pas tomber dans le costume historique.
Sur ses moodboards, les silhouettes et illustrations de Léon Bakst et d’Erté, les chorégraphies de Balanchine et surtout les années 1920 occupent une place centrale. « Les illustrations de figures comme Léon Bakst ou Erté, les chorégraphies de Balanchine, je dirais les années 1920, avec l’affranchissement des carcans vestimentaires et la célébration du corps féminin, m’ont servi de références », explique le designer.
Et l’idée est là : retrouver une époque où le vêtement commence à respirer, où le corps féminin s’émancipe et où la mode comprend enfin qu’une femme peut vouloir être séduisante sans avoir l’air d’avoir signé un contrat avec son corset.


Le soleil dans la palette
La couleur, elle aussi, semble avoir passé quelques semaines en vacances.
Serafini convoque des bleus intenses, des teintes rouille et moutarde, saturées mais étonnamment sophistiquées, comme si le soleil avait doucement patiné leur éclat. L’ivoire et le noir viennent calmer le jeu, avant que le lilas, le pistache et le rose poudré ne surgissent avec la délicatesse de souvenirs de vacances dont on ne sait plus très bien s’ils ont réellement eu lieu.
La mer et la terre se rencontrent dans cette palette solaire. « Je voulais retenir la positivité et l’énergie des vacances, j’ai agi par instinct lorsque j’ai choisi ces couleurs vives », raconte Serafini. L’instinct, manifestement, a parfois de très bonnes idées.
La robe qui refuse de choisir entre habillée et déshabillée
Puis viennent les matières. Et là, la collection semble soudain perdre quelques grammes.
Tout est question de légèreté, de lumière, de mouvement. Les tissus deviennent « liquides », presque insaisissables. Les imprimés floraux se dissolvent sur des bases japonaises irisées et donnent naissance à des mélanges qui semblent avoir été faits sans règle précise – mais avec beaucoup de talent.
On pense aux compositions de Matisse, à ces fleurs qui semblent flotter plutôt que tenir sur un tissu. Les robes nuisette croisent les détails de lingerie. Les vestes kimono rencontrent les pantalons ballon. Les superpositions s’empilent, mais sans jamais peser. Le paradoxe est délicieux : plus les vêtements se superposent, moins ils donnent l’impression d’être habillés.
Serafini joue ainsi avec la frontière entre le vêtement et le déshabillé. La coupe en biais épouse le corps, le satin le célèbre, tandis que les étoffes spécialement choisies permettent aux silhouettes de rester aériennes malgré leur construction. La féminité est là, évidemment. Mais elle n’est jamais sous contrôle.
Alberta, mais autrement
Et puis arrive le final. On regarde les silhouettes défiler, on laisse les couleurs, les imprimés et les matières faire leur petit numéro, et une drôle d’impression s’installe.
Alberta Ferretti semble moins Alberta Ferretti. Mais elle reste résolument Ferretti.
C’est précisément là que Lorenzo Serafini réussit son pari. Le designer ne cherche pas à reproduire mécaniquement l’imaginaire qui a construit la maison. Il s’en éloigne, le malmène gentiment, lui fait prendre le large – avant de le ramener à bon port.
Le résultat conserve ce qui constitue l’un des grands fils rouges de la marque : une féminité assumée, sensuelle, élégante et profondément libre. Serafini semble surtout avoir atteint cette zone assez rare dans la mode où l’on peut changer de vocabulaire sans perdre son accent.
Alberta s’échappe donc. Elle prend l’air, traverse quelques décennies, embarque pour un ailleurs vaguement japonais, vaguement méditerranéen, très années folles et franchement solaire. Et lorsqu’elle revient, elle n’est plus tout à fait la même. Tant mieux.




