Le Festival de Cannes s’achève, enfin. Les lunettes noires reprennent leur activité principale – sans cacher le vide sidéral de certaines conversations – et les donneurs de leçons enrichis au mauvais rosé vont cesser d’expliquer au monde comment vivre mieux depuis le pont d’un yacht prêté. La France respire. Et comme souvent après une overdose de glamour artificiel, une vérité simple refait surface : les gens, vous et moi, veulent juste bien manger, boire un verre au soleil et rester quelque part où ils se sentent bien.
C’est précisément ce que réussit Café COURT, qui rouvre ses portes comme un contre-pied élégant à tout ce cirque mondain. Ici, personne ne cherche à “faire événement”. Et c’est probablement pour ça que le lieu devrait devenir l’un des rendez-vous les plus désirables de la saison.
Avec Café COURT, la famille Dumant remet en jeu un lieu emblématique en l’ancrant dans un Paris plus détendu, plus solaire et civilisé. Une anomalie locale.

Dès l’arrivée, quelque chose surprend : l’espace. À Paris, on avait fini par croire qu’une terrasse consistait forcément à dîner coincé entre un scooter thermique et un couple en rupture silencieuse. Ici, non. La terrasse respire. Du bois, du vert, des parasols, de la lumière, de vraies tables, et non loin de là les terrains de tennis. Jeu, set et spritz.
Très vite, le mécanisme se met en place. On vient pour un café. Puis un verre. Puis quelqu’un commande une assiette à partager. Puis une autre. Puis le soleil descend lentement et personne ne semble avoir envie de partir. Entre 17h et 20h, le lieu devient une sorte de club-house parisien sans membres insupportables ni bracelets VIP. Ça rit, ça circule, ça s’installe longtemps. Les inconnus se parlent. Les téléphones restent silencieux.




Mais Café COURT ne repose pas uniquement sur cette terrasse qui donne envie d’annuler tous ses rendez-vous du lendemain. La vraie surprise, c’est que la cuisine suit. Et même très sérieusement. La maison redonne ses lettres de noblesse à cette idée devenue presque rare : la trattoria de quartier qui nourrit réellement les gens. Pas de micro-portions décorées comme des installations contemporaines. Pas de serveur qui prononce “burrata” avec l’accent de Milan après un week-end à Courchevel. Ici, la cuisine italienne assume sa générosité et son plaisir.
Les légumes viennent de maraîchers sélectionnés directement, les viandes d’éleveurs choisis avec exigence, et la milanaise déjà signature arrive préparée à partir d’une côte de veau française qui rappelle soudain que le bonheur tient parfois dans une chapelure joliment maîtrisée. Les pâtes sont généreuses, les pizzas précises, les cuissons impeccables. Des assiettes franches, pensées pour donner envie de revenir souvent, ce qui devient presque subversif dans une époque où certains restaurants semblent surtout conçus pour être photographiés avant d’être oubliés.

Même logique du côté des vins. La cave ne cherche pas à impressionner les gens qui utilisent le mot “minéralité” avec gravité. Elle accompagne les longues tablées, les déjeuners qui débordent, les soirées qui s’étirent sans prévenir. Des bouteilles vivantes, accessibles, faites pour circuler. Comme le reste.
À l’intérieur, l’esprit reste intact. Matières chaleureuses, lignes sobres, élégance discrète. Un club-house revisité version parisienne, chic sans arrogance, vivant sans hystérie. Le genre d’endroit où l’on peut autant croiser un avocat fatigué de ses déjeuners d’affaires qu’une bande d’amis venus refaire le monde autour d’une deuxième bouteille “juste pour finir”.




Au fond, c’est peut-être ça la réussite de Café COURT. Le lieu ne cherche jamais à en faire trop. Il comprend quelque chose que beaucoup d’adresses parisiennes ont oublié depuis longtemps. Le vrai luxe aujourd’hui, ce n’est pas de montrer qu’on est là. C’est d’avoir envie d’y rester.
Café COURT – 85 Bd Flandrin 75116 Paris. t/ 01 80 50 02 50. Restaurant ouvert au déjeuner et au dîner. Cuisine italienne : pizzas, pâtes, viandes. Afterwork à partir de 17h. Plus de renseignements sur cafcourt-dauphine.fr





