Le monde peut continuer à s’écharper sur les sujets les plus brûlants de la planète. Pendant ce temps, un autre affrontement, infiniment plus feuilleté, s’organise avec un sérieux quasi diplomatique. Le Championnat du Monde de Pâté-Croûte ouvre officiellement sa 17e édition et, cette année encore, personne n’a intérêt à confondre une gelée parfaitement limpide avec une approximation culinaire.
Aux commandes de cette nouvelle campagne gastronomique, Emmanuel Renaut, chef triplement étoilé du Flocons de Sel*** à Megève, endosse la présidence d’un concours qui, depuis longtemps, a cessé d’être une simple plaisanterie de charcutiers passionnés. Oui, il existe bel et bien un championnat du monde consacré au pâté-croûte. Oui, des chefs traversent les continents pour y participer. Et non, personne ne plaisante au moment de refermer la pâte.
Les organisateurs Arnaud Bernollin, Audrey Merle, Gilles Demange et Christophe Marguin voient encore plus grand. Après avoir conquis les fourneaux de nombreux pays, le championnat ouvre désormais une nouvelle frontière avec une sélection réservée au Luxembourg, à la Belgique et aux Pays-Bas. Le Benelux entre officiellement dans la bataille, preuve que la diplomatie passe parfois par une croûte bien dorée.

Le voyage sera long, semé de terrines, de découpes millimétrées et de regards inquiets devant les fours. Lausanne, Monaco, Montréal, Luxembourg, Londres, Tokyo, Copenhague et Paris accueilleront les différentes étapes d’un véritable Tour… qui refuse obstinément de rester en France.
Au bout de cette épopée, seulement quinze candidats décrocheront leur précieux laissez-passer pour la grande finale prévue le 30 novembre 2026 à La Sucrière, à Lyon. Ils devront convaincre un jury composé de chefs étoilés et de Meilleurs Ouvriers de France lors d’une dégustation à l’aveugle, sous le regard attentif d’un huissier. Parce que dans le royaume du pâté-croûte, la moindre tranche suspecte peut faire basculer un destin.
Le championnat français ne fera aucun cadeau. Après un appel à candidatures et une sévère sélection sur dossier, vingt finalistes tenteront de décrocher leur place parmi les élus appelés à défendre les couleurs tricolores lors de la finale mondiale. Les heureux survivants devront démontrer qu’ils savent dompter une préparation qui fait passer certains examens de médecine pour une promenade digestive.

Car derrière son apparence rassurante de plat dominical, le pâté-croûte cache une mécanique d’orfèvre. La pâte doit rester croustillante, la farce parfaitement équilibrée, la cuisson irréprochable, la gelée limpide et la découpe digne d’un chirurgien. Bref, il faut davantage de précision qu’il n’en faut parfois pour assembler un meuble scandinave sans perdre patience.
Quand Gilles Demange et quelques amis ont lancé cette aventure en 2009, beaucoup ont levé un sourcil amusé. Dix-sept éditions plus tard, le concours rassemble les plus grands noms de la gastronomie mondiale et attire des candidats venus des quatre coins du globe. Comme quoi, une belle tranche de pâté-croûte peut accomplir ce que bien des discours n’ont jamais réussi.
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