Paris tremble. Pas de panique, ce n’est pas un séisme géologique mais un cataclysme textile : la Fashion Week printemps-été 2026 s’est ouverte ce lundi 29 septembre et, déjà, les plaques tectoniques de la mode se déplacent à une vitesse vertigineuse. Entre les changements de direction artistique, les débuts très attendus, les retours spectaculaires et les disparitions mystérieuses, cette édition ressemble davantage à une superproduction hollywoodienne qu’à un rendez-vous de calendrier. Et Paris, fidèle à sa réputation, ne se contente pas de faire défiler des robes : elle orchestre un scénario où drame, suspense et coups de théâtre se disputent la vedette.
Il y a les habitués, Saint Laurent, Dior, Chanel, Balenciaga, qui ne ratent jamais leur moment de gloire. Mais cette année, ce ne sont pas tant les modèles que leurs chefs d’orchestre qui fascinent. Jonathan Anderson chez Dior ? Matthieu Blazy chez Chanel ? Pierpaolo Piccioli qui débarque chez Balenciaga ? L’affiche ressemble à un générique de blockbuster où chaque nom vaut son pesant d’applaudissements ou de critiques assassines.
Car Paris est cruelle : ici, on ne pardonne ni l’ennui ni le réchauffé. Un directeur artistique peut entrer au Panthéon en une heure de défilé… ou rejoindre la longue liste des “étoiles filantes” avant même le cocktail de fin de soirée.
Les nouveaux gladiateurs
Cette Fashion Week aligne ses gladiateurs, chacun entrant dans l’arène avec une armure cousue main. Glenn Martens reprend Margiela après John Galliano – mission herculéenne –, Michael Rider doit succéder à Hedi Slimane chez Celine – épreuve quasi suicidaire –, et le facétieux Duran Lantink s’installe chez Jean Paul Gaultier avec la bénédiction du maître en personne.
On attend d’eux moins une collection qu’un acte de bravoure. Dans les front rows, les critiques polissent déjà leurs plumes, prêtes à dégainer la formule assassine ou l’éloge dithyrambique. Le suspense est total : Paris adore les premiers pas, surtout quand ils sont hésitants.
La relève insolente
Mais la mode parisienne ne se nourrit pas que de mastodontes. Les jeunes pousses sont là pour rappeler que l’avenir n’est pas écrit d’avance. Julie Kegels, sortie de l’Académie d’Anvers, ouvre la semaine. Le duo Matières Fécales, qui porte bien son nom et son goût pour la provocation, promet des titres de presse croustillants. Meryll Rogge, fraîchement nommée chez Marni, clôturera la danse avec l’audace de ceux qui n’ont rien à perdre.
Ce joyeux « bordel »donne l’impression que la mode se réinvente en direct, sous nos yeux. Comme un laboratoire géant où se croisent la poésie, le marketing et un brin de folie.
Retours spectaculaires et disparus mystérieux
Toute saga a ses revenants. Vetements revient après une saison blanche, Agnès b. refait surface comme une vieille amie qu’on croyait perdue, et Thom Browne débarque de New York pour rappeler qu’il sait toujours surprendre.
Mais il y a aussi les disparus. Kenzo s’éclipse, Off-White file à New York, Marine Serre prend un temps mort. Véronique Leroy, plus discrète, se contente d’un lookbook. Certains désertent, d’autres fuient : la mode a ses fantômes. Et comme toujours, l’absence intrigue presque autant que la présence.
Un marathon sous amphétamines
Au total, 111 maisons, 74 défilés et 37 présentations : un calendrier conçu pour tester les limites de la concentration humaine. Les journalistes de mode, armés de cafés serrés et de batteries portatives, courront d’un quartier à l’autre, sautant du Marais à la rive gauche, d’une église reconvertie en podium à un hangar industriel relooké. Les soirs de gala s’enchaîneront, les after-parties s’allongeront, et Paris brillera jusque tard dans la nuit, dopée par les flashs et le champagne.
Paris, théâtre d’un monde en mutation
Au fond, cette Fashion Week raconte autre chose que des vêtements. Elle met en scène un monde en quête de renouveau, où chaque maison cherche la formule magique entre héritage et modernité, commerce et poésie. Dans un contexte où tout change trop vite – les créateurs, les tendances, parfois même les spectateurs –, la mode reste un théâtre où l’on rêve encore de réinvention.
Alors, tsunami créatif ? Oui, mais aussi soap opera textile, avec ses héros, ses anti-héros, ses retours de flamme et ses trahisons. Et si Paris tient encore le haut du pavé, c’est parce qu’elle sait transformer chaque défilé en événement, chaque nomination en drame et chaque robe en manifeste.
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